22-n-389-7e-ca-2e-bureauEric Mansuy a retrouvé parmi les nombreuses archives dont il dispose un étrange rapport. Dans celui-ci, le général commandant le 7e corps d’armée signale des attaques contre les troupes françaises par des habitants d’Alsace

Voici ce qui est notamment écrit sur le 133e régiment d’infanterie :

A Cernay le 9 [août], une section de la 12e compagnie du 133e d’Infanterie a perdu 34 hommes tués ou blessés, tous atteints dans le dos, au moment où ils étaient déployés face à l’ennemi, par des coups de feu partis du clocher, alors qu’aucun soldat allemand n’avait encore pénétré dans le village.

L’étude du Journal de Marche du 133e RI ne laisse rien transparaître de cet événement. L’historique du régiment non plus. A-t-on pris au sérieux ces faits, alors que les troupes doivent faire face aux tensions du combat ? Si les récits racontent l’accueil chaleureux par la population lors des premiers jours dans les plaines, il existe aussi de la méfiance dans d’autres vallées, comme l’indique le Guide Michelin publié en 2012, page 212 :

Les Effets de la Propagande

Dans le fond des vallées, l’accueil envers les Français n’a guère été le même que dans les grandes villes de la plaine d’Alsace, comme à Mulhouse. Les populations, très germanisées, avaient été soumises de très longue date à une rude propagande anti-français. Il n’était pas rare de craindre que les « Gaulois » ne viennent couper les oreilles des plus jeunes. »

A noter que la 12e compagnie est celle du caporal Janéaz, dont le parcours a été mentionné dans ce blog.

Eric Mansuy a retrouvé un témoignage qui donne quelque éclaircissement, celui du lieutenant Henry Martin :

Vers 10 heures du soir (22 heures suivant l’horaire adopté plus tard en 1916 peu avant le début de la bataille de la Somme) nous fûmes prévenus que le gros du régiment allait traverser notre bataillon maintenu sur place. Les chasseurs à pied du 15ème auraient contre-attaqué et seraient rentrés dans CERNAY. Le gros du 133 devait sans retard les y rejoin­dre. En colonne de route, derrière une légère avant-garde, la colonne nous traversa avec en tête et à cheval le Colonel COSTE, commandant la brigade, le Colonel DUTREUIL, commandant le régiment. Entre les deux bataillons (IIe et IIIe Bataillons), le drapeau et sa garde (drapeau roulé dans sa gaine et porté par le Caporal-Sapeur). Peu après le passage de toute la colonne, formidable fusillade, hourvari ; cris ! Nous voyons revenir des petits groupes. Le régiment serait tombé dans une embuscade ! on ne sait où est le Colonel … !  Nous attendons sur place prêts à défendre notre position de VIEUX THANN … mais l’ennemi ne se présente pas. Au petit jour notre bataillon va s’installer sur les hauteurs entre vieux THANN et ASPACH LE HAUT, village où se regroupent les autres bataillons.

J’ai personnellement fait le lien avec le carnet « fantaisiste » du caporal Bony (voire l’article publié sur ce blog), qui raconte cet épisode répertorié nulle part ailleurs :

4 sept 5 heures du matin, nous envoyons des hommes à la corvée d’eau pour faire le café : nul ne revient. A 6 heures, nous sommes cernés par les Boches. Trahis par le Général Boste marié à une Boche. Il nous reste un seul côté nous permettant de battre en retraite, en arrière. Ma section est désignée pour protéger la 21 retraite du régiment, nous tenons jusqu’à 10 heures à 50 hommes. Mais nous avions déjà 10 hommes hors de combat, 7 blessés dont mon Sergent Roussel, 3 tués, le S. Lt Cuillerier, le tambour, et mon camarade, Vermorel, dont moi je me trouvais entre eux deux dans la tranchée : je n’avais pas une égratignure. Quelle chance ! A 3 heures nous avons rejoint le régiment au col des Journaux. Dans l’après-midi, le Cmt Barberot fit arrêter le Général Boste comme traître et le fit conduire à Fraize, baïonnette au canon. Il nous fut accordé 2 heures, nous permettant de faire à manger, ayant touché quelques vivres.

J’avais interrogé sur le général Boste sur le forum 14-18, mais celui-ci n’a jamais existé. En revanche, le nom est proche du colonel Coste, mentionné par Henry Martin. Comme Bony semble inventer de toute part un récit en s’appuyant sur des éléments vaguement fondés, aurait-il utilisé les rumeurs du 9 août pour écrire en 1917 ce passage rattaché aux combats du col des Journaux de septembre ? Eric Mansuy préfère écarter ce carnet, dont la fiabilité est proche de zéro.

Peut être d’autres sources permettront d’en savoir plus sur ce thème des franc-tireurs alsaciens ou allemands qui auraient harcelé en août 1914 les troupes françaises : faits réels ? nervosité liées aux combats ? rumeurs ? Il faudrait retrouver des travaux de recherches éventuels sur cette question pour départager.

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6 commentaires

  1. Avatar

    Bonjour à tous,
    Bonjour Philippe,

    L’historique du 133e – page 8 – 9 aout 14

    …Recevant dans le dos des coups de feu tirés par les boches en civil restés dans Cernay…

    Bonne soirée

    Philippe

    • Philippe van Mastrigt

      Merci Philippe, ce passage nous avait échappé. Je remets le passage complet :

      « Dans la plaine, le combat était général. La bataille faisait rage du côté de Mulhouse, où étaient engagées les autres troupes de la brigade; de toutes parts, des maisons en flammes, s’élevaient d’épais nuages de fumée.

      Vers 14 heures, l’ennemi parvint à prendre pied dans Uffholz, submergeant par le nombre les défenseurs qui avaient pourtant tenu trois heures. Le 3e bataillon, qui jusque là n’avait pas eu à subir un choc bien violent, se trouva de ce fait découvert sur sa gauche. L’ennemi devint alors plus pressant. Attaqué de front, de flanc, et recevant dans le dos des coups de feu tirés par les Boches en civil restés à Cernay, le bataillon, malgré sa résistance pied à pied, dut reculer en arrière de la ville. Il s’établit à la fabrique Witz et sur les pentes de la hauteur 375 au sud de Steinbach.  »

      Le passage ici suggère que ce sont des Allemands en civil. Des soldats qui ont mis des habits en civil ? Des habitants allemands ? La nature de ces tireurs reste floue.

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    • Alain GROS-MUSCULUS

    • 18 octobre 2016

    • 23:29

    • Répondre

    Non seulement ces coups de feu tirés dans le dos de nos soldats ne sont pas surprenants mais je m’étonne même que le commandement n’ait pas mis en garde nos officiers : Hansi dénonçait sans relâche le fait que le Kaiser avait nommé des instituteurs prussiens qui haïssaient la France, qui interdisaient aux enfants de dire un mot en français… ou de s’habiller à la française… Ces instituteurs n’ont certes pas dû avoir de scrupules à tirer dans le dos des soldats français ! ces belles cibles aux pantalons rouge garance.

    • Philippe van Mastrigt

      Ce qui est en revanche étonnant est que l’on ne trouve pas trace – pour l’instant, mais peut-être par la suite des éléments seront retrouvés – de ces événements dans le JMO ou les historiques. Les événements décrits me rappellent le phénomène de « 5e colonne » en mai/juin 1940, avec sa dose de rumeurs qui circulent rapidement au sein de la population.

      • Philippe van Mastrigt

        Philippe Crozet a retrouvé la trace ! Mais les détails quant à ces civils restent flous.

        • Avatar

          Bonjour à tous,

          Propos du Commandant Piebourg, retranscrit par l’abbé Lorette.

          Nous ne sommes ni assez méfiants, ni assez rigoureux avec tous ces allemands qui sont restés dans le pays et qui nous tirent dans le dos de leurs fenêtres. ( écrits, après la sortie de Mulhouse )

          Bonne journée
          Philippe

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