(suite de l’épisode 4 – Le col des Journaux)

Cote 830 vue de la nécropole du Chêne MilletArrivé à Metzeral, je prépare l’objectif de la journée suivante : la cote 830. Je souhaite y monter. Le lieu n’est néanmoins pas fléché. Un des connaisseurs de la région m’a transmis une carte de 1915 et quelques indications d’accès. Le soir, je rencontre Eddy Trappler, auteur de La Bataille de Metzeral, près de la vallée de la Wormsa. Il m’indique de visu où se trouve le site. Sur le Sillacker, une immense montagne en face d’où nous nous trouvons, un petit piton un peu plus surélevé se détache. C’est la cote 830. Je le photographierai le lendemain à partir de la nécropole du Chêne-Millet.

Sentier vers la cote 830Le lendemain, je quitte l’hôtel Au Soleil d’Or (excellente adresse) pour me diriger vers la route qui monte au point de départ qui m’a été indiqué : l’auberge Pfeiferberg. Je passe devant l’ancienne scierie de Steinabrück, franchis la Wormsa puis monte en direction de l’auberge. Il y a du monde, et je rencontrerai tout au long de la matinée des randonneurs (et des ânes car l’auberge Pfeiferberg propose des randonnées en leur compagnie). Après avoir déposé la voiture, je m’engage sur le chemin forestier fléché. J’interroge un premier randonneur qui semble un habitué. Mais ni la cote 830, ni la carte que je lui montre ne l’inspirent. Un peu plus loin, une maison dans un virage est ouverte. J’interroge son propriétaire, un « vrai alsacien » au regard de son accent. Il ne semble pas non plus connaître la cote 830 mais se lance dans un grand discours pacifiste (« C’était des fous de deux côtés… » etc…). Le reportage quotidien de France 3 Alsace (« centenaire 14-18 ») semble êtreMontée vers la cote 830 bien suivi car il le cite spontanément comme la source de ses propos ! Il faut donc que je trouve par moi-même ma destination. Je vais du coup errer pendant une bonne heure. D’abord un orage me surprend, puis je poursuis la marche en suivant le sentier vers Sillackerwasen. Il y a de nombreuses maisons sur la montagne. Dépassant un grand champ, je réalise que je suis allé trop loin. D’abord interrogatif sur ma capacité à trouver le lieu, je décide alors de combiner observation (qu’est-ce qui pourrait être le piton?), la carte (de 1915 en petit) et le GPS de mon Iphone. Arrivé sur un sentier qui me semble proche, je vois une sorte de couloir forestier dégagé qui pourrait mener à mon objectif. Je grimpe donc à travers le bois, au jugé, et en dehors du sentier. Arrivé en haut, une clairière. Je suis bien en haut, et je vois à travers les arbres d’autres montagnes. Traversant les fougères, je trouve soudain plusieurs tôles exhumés. Tout concorde. On doit être sur la cote 830 !Cote 830 vestige en tôle

Pas de flèchage, presque plus de trace. Tout ce qui était écrit dans le livre de Daniel Roess se vérifie. J’essaie de trouver ce qui pourrait rappeler l’épisode du 15 juin 1915. Il y a les quelques tôles. Un peu plus loin, quelques morceaux de barbelés par terre. Comme sur la cote 627, il semble que les gros volumes aient disparu. Au sol, on Cote 830 vestige barbelésdevine quelques traces d’anciennes tranchées et de fortifications. Il me manque cruellement un guide qui aurait pu m’indiquer d’autres restes. Par exemple, le fameux bunker décrit dans les récits des combats. Ou l’angle d’attaque du bataillon Barberot. Les français venaient du Gaschney, donc au niveau du grand champ qui se trouvait en face et que j’avais dépassé précédemment. Je m’étais rappelé un échange sur cet assaut. Si j’avais grimpé moi-même pour arriver jusqu’à la cote 830, les français n’eurent pas à le faire en 1915 car ils venait de l’autre côté. La difficulté n’était donc pas de monter, mais probablement d’arriver jusqu’à cette position cote 830 traces tranchéesfortementCote830 Vestige barbelés renforcée par les Allemands. Regardant sur le côté, je vois en face un autre piton en direction de Metzeral. Cela doit être le Burgkopf où était installé le lieutenant Martin qui dirigeait une partie des tirs d’artillerie. Je profite d’un instant pour immortaliser par un « selfi » ma présence sur ce lieu où s’illustra mon grand-oncle, avec derrière moi ce même Burgkopf.

cote830 selfi

Il est temps de redescendre. Je retrouve rapidement un sentier qui me mène après 30 minutes de marche vers la voiture. Je n’ai certainement pas tout vu, et une autre visite dans l’avenir est à prévoir. Mais je pense avoir une meilleure idée du site de la bataille. La configuration est essentielle pour bien comprendre les écrits, et quand je reviendrai du week-end, je relierai tous les textes sur le site, avec une compréhension bien différente du déroulement des combats.

Cimetière du Chêne-MilletRetraversant la Wormsa, je décide de m’arrêter en face du pont, au niveau de la nécropole du Chêne-Millet. C’est là que sont enterrés, au milieu d’un immense champ de croix qui remonte la colline, les soldats du 1er et 2e bataillon tombés sur la cote 830 le 15 juin 1915, puis les jours suivants. Je retrouve quelques rangées, mais ne me lance pas dans le dénombrement. Le 15 juin 1915, le nombre de tués a fait l’objet d’un autre article sur ce blog.

Dans la foulée, je pousse la route jusqu’à Mittlach. Le village était français et servait de base arrière. La mairie-école avait été transformée en ambulance alpine (le Michelin indique qu’on peut le visiter; un reportage a été diffusé dessus par France 3 Alsace). Le village est assez coquet. Je suis étonné que les Allemands n’aient pu tirer dessus. La vallée est finalement très encaissée, et les hauteurs dominent le fond. Par la suite, en relisant Henri Martin, il décrira bien que pour accéder au Burgkopf à partir de Mittlach, il se faisait tirer dessus. Mais le village semble être dans une sorte « d’angle mort ».

Vitrail de l'Eglise d'EmmL’étape suivante est la visite de l’église de l’Emm, dans Metzeral. Cette église (catholique) mémorielle avait été érigée après la guerre par l’abbé Martin Béhé. Une messe avait été célébrée là lors des commémorations du 14 juin 2015. L’église que je pensais en dehors du village se trouve simplement en périphérie sur un promontoire. Certains vitraux rappellent 14-18. Sur les murs, les noms d’innombrables chasseurs sont indiqués. Vais-je trouver le commandant Barberot (lui-même chasseur à partir du 26 juin, et tué au Linge non loin de là) ? Où des soldats du 133e RI ? Rien de tout cela. Je trouve bien le commandant Colardelle Liste des morts à l'Eglise Emm(commandant le 5e BCP et tué à l’Hilsenfirst), mais pas son successeur. Le 133e RI est bien oublié ! Et aussi son commandant! Seuls les croix du Chêne-Millet commémorent finalement leur sacrifice et leur victoire. Je note comme action de contacter à ce sujet l’association qui gère l’église : peut-on toujours ajouter des noms ?

Cote830 vue du GaschneySortant de l’église en ce début d’après-midi, je suis parti pour faire un dernier tour de la vallée en montant à la station du Gaschney. Je grimpe avec ma Fiat 500 en observant l’Eichwalde, puis le Braunkopf, les deux autres lieux de combats de Metzeral. Arrivé en haut de la station (qui est un cul de sac; les français arrivait par le Honneck à pied), je regarde la vallée. C’est donc d’ici que les français débutèrent l’attaque. Là aussi, quelques indications complémentaires m’auraient aidé. C’est à prendre en compte pour le prochain passage. Pourquoi ne pas contacter l’office du tourisme, comme je l’ai suggéré moi-même dans un article ?

Necropole du WettsteinIl est temps de rentrer. La plus belle option est de reprendre la route des crêtes, en passant devant la nécropole du Wettstein, où une cérémonie est prévue le 9 août. La route qui monte au Linge est magnifique. La nécropole quant à elle est en bord de route. Puis on poursuit pour passer près du collet du Linge, suivi d’une descente en passant près du Lac Blanc, le col du Bonhomme, pour arriver dans la vallée et terminer ce périple à Nancy.

Ici s’achève ce premier feuilleton. La prochaine fois, ce seront l’Hilsenfirst et une visite détaillée du champ de bataille du Linge…

Étiquettes : , ,


Laisser un commentaire