Comme souvent, la publication sur ce blog de certains événements permet de retisser un lien entre ceux qui s’illustrèrent sur les champs de bataille des Vosges, et leurs descendants. C’est l’article sur les 5 officiers enterrés à La Croix-aux-Mines qui fit réagir madame Françoise Mourlin. Parmi les cinq, le nom d’Henri Millet, son grand-oncle. Enfant, sa grand-mère – Aline Millet, épouse Mourlin – l’avait emmenée sur cette tombe, et depuis, elle cherchait à retrouver le lieu. Son souvenir se résumait à une « tombe sans stèle, simple carré de gravier ». La tombe qui comprend les cinq officiers, située dans le carré militaire du cimetière, y ressemble, avec sa surface de terre qui la précède. Dans tous les cas, c’est l’occasion sur ce blog de rendre hommage à ce jeune Saint-Cyrien de 20 ans, tombé à la fin du premier mois de la guerre.

Parcours du sous-lieutenant Henri Millet

Léon, « Henri », Louis Millet naît le 6 juillet 1894 à Menotey, petit village du Jura, dans une famille modeste. Son père est conducteur de trains. A sa retraite, son épouse ouvre un petit restaurant de campagne/bar dans leur village pour permettre à leurs deux enfants – Henri et sa sœur Aline, née en 1903 – d’avoir les moyens de poursuivre des études. A l’école, son intelligence est remarquée par son instituteur, puis ses professeurs du collège de l’Arc à Dole.

Probablement conseillé par son oncle, Henri Petijean (frère de sa mère née Petijean), futur préfet de la Sarthe (avant de se retirer à Chaumergy (Jura)), Henri poursuit ses études et prépare Saint-Cyr. Il intègre l’école en 1912  pour en sortir comme sous-lieutenant en août 1914, dans la promotion « Montmirail ». Parmi ses camarades se trouve Raoul Magrin-Vernerey dit « Monclar » (1892-1964), officier célèbre et créateur de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, combattant à Narvik en 1940 puis dans la France libre (il est compagnon de la Libération). « Monclar » commande enfin le bataillon français pendant la guerre de Corée. La promotion compte aussi le général de brigade aérienne Alfred Heurtaux (1893-1985), compagnon de la Libération, « as » français de la Grande Guerre, résistant pendant la seconde.

La promotion « Montmirail » connaît une scolarité particulière, avec l’instauration de la loi des trois ans. Les officiers sont intégrés directement dans l’école au lieu d’une première année en corps de troupe. Ils sont supposés effectuer des stages entre les deux années mais la création de nouveaux régiments liés à la loi des trois ans, et les forts besoins en officiers pour les encadrer, réduisent la scolarité des « Montmirail » à deux simples années. Le déclenchement de la guerre bouleverse de toute façon ces nouvelles dispositions.

Le 30 juillet 1914, à Saint-Cyr, le « triomphe de la Montmirail », cérémonie de fin de la scolarité des élèves officiers, est supprimé. De sa propre initiative, la promotion organise une autre cérémonie dans l’intimité, pour baptiser ses propres jeunes de la Croix du Drapeau, avant qu’ils ne rejoignent leurs affectations. Se déroule le serment de recevoir le baptême du feu en « casoar et gants blancs ». A la fin de cérémonie, le sous-lieutenant Jean Allard-Méeus déclame un texte épique, qu’il finit, tourné vers l’Est, par cette phrase : « Gardez votre pays, nous y serons demain ! ».

Henri Millet rejoint aussitôt le 133e régiment d’infanterie, au sein de la 3e compagnie du 1er bataillon, dès la première semaine de la guerre. Le Journal de Marche du 133e RI indique son nom dès le 6 août, début des opérations en Alsace. C’est donc un jeune officier sans expérience qui prend la tête d’une section au début de la guerre, et affronte les premiers combats à Cernay, puis à Dornach et Mulhouse. Fin août, il entame la retraite vers la frontière, comme tous les régiments présents en Alsace. Le 29, veille de sa mort, son bataillon parcourt une étape épuisante de 35 kilomètres, de Soultzmatt au col de la Schlucht, au dénivelé impressionnant. Le lendemain, le bataillon est aussitôt engagé dans la bataille des cols, au niveau de Mandray. C’est là, le 30 août, premier jour des combats qui se poursuivront jusqu’au 10 septembre (voir la séquence d’articles « Le col des Journaux revisité« ) qu’il trouve la mort à la tête de la section, à peine âgé de 20 ans. Le 133e RI est engagé ce jour-là dans la prise de la tête de Behouille, qui changera plusieurs fois de main. Les détails de sa mort sont sommaires, son nom est simplement cité dans l’historique du 133e RI. Sa citation parue le 17 octobre 1919, lui conférant le grade de chevalier de la légion d’honneur au tableau spécial, indique sobrement :

« Vaillant officier, énergique et brave. Chargé avec sa section de coopérer à l’attaque d’une position, le 31 août 1914, a enlevé sa section avec vigueur et a été tué en arrivant sur la position. A été cité. »

Comme sur le site de la Saint-Cyrienne qui indique un prénom (« Albert ») et un régiment (135e RI) erronés, la citation se trompe de jour.

L’assaut de la tête de Behouille

Si nous regardons la chronologie des événements tel que rapportée antérieurement sur mon blog, le 30 août 1914, le 1er bataillon du 133e RI arrive à 10h à Fraize après une retraite de plusieurs jours, après avoir franchi le col de la Schlucht, et traversé Plainfaing. Il rejoint les 13e et 22e bataillons de chasseurs sur ce théâtre d’opérations, qui sont déjà engagés contre les allemands depuis le 25 août avec de lourdes pertes. Le 3e bataillon du 133e RI est lui aussi engagé, le 2e étant positionné plus loin. L’objectif est de prendre la tête de Behouille, qui commande les deux vallées. Après un bombardement, l’assaut est donné vers 13h20. Avec l’aide du 3e bataillon, les français parviennent à prendre la première ligne de tranchées (on commence déjà à creuser fin août 1914) mais l’attaque s’arrête là, à 19h. Les pertes de cette attaque sont lourdes parmi les officiers et les hommes, dont les capitaines Tusseau et Audé, les lieutenants Dircksen et Desbazeilles, et de fait, le sous-lieutenant Henri Millet. Ce sont quatre noms parmi les cinq officiers de la Croix-aux-Mines.

  • Ferdinand Marius Audé, capitaine commandant la 2e compagnie, tombé le 30 août 1914 (ou le 1er septembre d’après la tombe)
  • Henri Jean Desbazeille, sous-lieutenant, 2e compagnie, tombé le 30 août 1914
  • Raymond Pancrede Dircksen, lieutenant, 3e compagnie, tombé le 30 août 1914
  • Léon Henri Millet, sous-lieutenant, 3e compagnie, tombé le 30 août 1914
  • Henri Vincent Faivre – sous-lieutenant, 11e compagnie, tombé le 7 septembre 1914

A la fin du mois d’août 1914, 62 officiers de la promotion d’Henri Millet sont déjà tombés au combat…

 

 

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1 commentaire

    • MOURLIN Françoise

    • 4 mai 2018

    • 00:27

    • Répondre

    Merci, merci beaucoup de faire revivre à travers ce bel hommage Henri Millet qui ne sera plus désormais et, à jamais, la simple photographie de mon enfance mais un jeune homme bien vivant inscrit par sa droiture et son sacrifice, dans l’éternité.

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