Un rendez-vous au Linge ne se refuse pas ! Si j’ai pu publier sur ce blog de nombreux articles sur le Linge, je n’ai eu jusqu’à présent que peu d’occasions de visiter réellement ce champ de bataille. Lorsqu’Eric Mansuy me propose l’été dernier une journée de visite le dimanche 9 juillet 2017, lendemain de la cérémonie de l’église de l’Emm à Metzeral, je n’hésite pas un seul instant. Nous convenons simultanément d’un fil rouge pour cette journée : retrouver éventuellement le lieu où le commandant aurait été mortellement touché. Pourrons nous retrouver sur place les traces de ce qui fut son poste de commandement ?

Rendez-vous au Glasborn

Nous nous sommes donné rendez-vous juste après le cimetière du Wettstein. Je m’y rends avec ma fille Marie, et nous y retrouvons Eric. Lui-même a donné rendez-vous sur le parking du Glasborn à tout un groupe de passionnés qui eux aussi visitent le champ de bataille, sous la « direction » de Florian Hensel, une des références des lieux (Florian Hensel a notamment publié Le Lingekopf de 1915 à nos jours, ainsi que Le Linge, un massif alsacien dans la Grande Guerre). Le groupe est déjà en route lorsque nous arrivons. Nous passons à côté de l’un des monuments emblématiques du champ de bataille, l’obélisque du Glasborn, dédié « aux chasseurs et aux vaillants des 47e, 66e et 129e divisions ».

La carrière du Schrätz

Un premier repérage avec les commentaires précieux d’Eric, permet de se rendre compte de l’orientation de la bataille et des emplacements des deux camps. Devant nous se dresse la petite carrière du Linge, située sur l’arête du Schratzmännele. Les Allemands s’y sont retranchés et il faut un assaut d’une violence inouïe aux chasseurs du 15e BCP le 29 juin pour prendre la position. Un panneau planté devant la carrière rappelle ce fait d’arme, et l’usage d’un canon de 75 « hissé à bras d’homme » pour venir à bout de la résistance. Autour de cette position, en arc de cercle sur la gauche, les français avanceront au mois de juillet pour tenter de prendre cette crête, avec l’objectif ultime : Munster.

Plongée dans un blockhaus

Nous avançons vers la carrière, puis montons dessus, où nous rejoignons le groupe. Nous commençons à descendre la crête. Des ouvrages défensifs allemands y ont été creusés dans la roche, dans un état remarquable. Comme le rappelle Eric, ils ne sont pas toujours contemporains des combats de juillet 1915, mais construits ultérieurement et « gelés » à l’Armistice de 1918. L’un d’eux présente une silhouette massive, sorte de « bouchon » recouvrant des abris profonds. C’est l’occasion ou jamais d’y descendre, équipé d’une bonne torche. Une échelle en fer plantée dans la roche me conduit dans les profondeurs de l’abri. Au fond, creusées dans la pierre, des galeries relativement vastes et en bon état s’exposent à l’éclairage de ma torche, malgré les ébouillis de pierre dans certaines zones. La position a dû résister à de nombreux bombardements.

 

Descente vers le collet

Nous descendons toute l’arête en direction du musée, au milieu des arbres, suivant un sentier. Un chemin inverse de celui que Pierre Grande Guerre illustre sur son site, à la section consacrée au circuit Wettstein – Schratzmännele. Sur la gauche se trouvaient les Français, dans un paysage bien différent d’aujourd’hui, touchant fin juillet et début août ces positions. Le dénivelé permet d’imaginer la difficulté qu’éprouvèrent les chasseurs du 5e BCP à attaquer la crête le 29 juillet 1915, puis le 1er août 1915. Au bout du sentier, nous débouchons derrière le monument Colardelle-Barberot. Erigé en 1935 en présence des veuves des deux commandants, de nombreux officiels et d’anciens chasseurs, sa mention dans le « Guide de la Première Guerre Mondiale, des Flandres à l’Alsace », édité par Casterman, fut le déclencheur de mes recherches sur mon grand-oncle. Florian Hensel indique que le monument ne fut point dynamité en 1940, malgré les ordres des Allemands. L’entreprise chargée de sa destruction – Ribolzi – prit l’initiative de cacher le monument, qui put être rapidement remis en place après la guerre, tout comme d’ailleurs l’obélisque du Glasborn.

Les lignes françaises … ou ce qu’il en reste

Nous poursuivons notre chemin vers la zone française, en contre-bas de la route qui mène au collet à partir du Wettstein. Nos dernières analyses situaient les différents PC français dans cette zone, à partir des différentes cartes du secteur. Où est donc celui où fut tué le commandant ? Le terrain ne présente pas le même aspect, car il n’y a pas d’ouvrages bétonnés. Il a aussi été moins entretenu et préservé que la partie supérieure allemande. La quête va être difficile.

Un gourbi n’est pas un PC…

Nous parcourons donc la zone à l’aide des quelques cartes et indications dont nous disposons. Nous trouvons bien à un instant donné un trou dans le sol, trace d’une ancienne cavité. Armés de lampes frontales, plusieurs membres du groupe se lancent dans son exploration. Ce n’est probablement pas un PC mais un simple abri – un gourbi –  qui est resté préservé. De toute façon, il ne semble pas localisé là où nous pensons que se trouvait l’ancien PC du 5e BCP.

100 ans après…

Au sol, sur un chemin nettoyé récemment, on retrouve aussi – plus de cent ans après – des traces des combats, sous forme de cartouches françaises. Mais toujours aucun indice de PC. La pente vers le haut du Linge se dresse toujours devant nous, et il n’est pas difficile d’imaginer la position inconfortable des chasseurs du 5e BCP devant le massif, exposés aux tirs allemands lors de leur arrivée fin juillet 1915.

Un prochain rendez-vous au Linge… qui reste à fixer

La pluie s’invite, l’heure du déjeuner aussi, et la matinée se termine donc sans une piste sérieuse sur le lieu exact de sa mort. Mais comme lors de ma recherche de la Cote 830, la persévérance permet souvent des miracles. La recherche n’est pas abandonnée, ce sera partie remise pour une prochaine visite… On profitera du voyage pour explorer l’autre site mémoire, celui du camp Barberot.

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