L’article L’hécatombe des cadres du 5e bataillon de chasseurs à pied au Linge continue toujours d’attirer de nombreux lecteurs et surtout des descendants/parents. Cette fois-ci, le capitaine du génie (er) Jean-Marie Mercklin m’a contacté début janvier 2020 au sujet de du lieutenant Edouard Merklen du 5e BCP, dont le nom disparaît des cadres sans explication. Edouard Merklen est un lointain parent du capitaine, le nom de famille pouvant porter deux graphies différentes. C’est l’occasion de rendre hommage à cet officier natif des Vosges, descendant d’Alsaciens, qui servit sous le commandant Barberot à l’Hilsenfirst en juin 1915. Et qui perdit un cousin éloigné, chasseur dans le même bataillon, lors des combats d’Uffholtz.

Originaire des Vosges et d’Alsace

Edouard Merklen naît le 3 juillet 1876 à Remiremont (Vosges) dans un milieu aisé, fils de Marie Joseph Eugène Merklen et de Marie Joséphine Koeppelin. Son père est un industriel, propriétaire d’une usine à gaz. Sa famille paternelle est nombreuse (son père compte 9 frères et sœurs). Le berceau historique de la famille est la ville de Thann en Alsace,  toutes les branches descendant de Hans Mercklin, tanneur, cité en 1503. L’orthographe du nom fut modifiée en 1835 de Mercklin en Merklen, les deux orthographes cohabitant par la suite.

De simple soldat à officier

Edouard Merklen s’engage comme volontaire le 31 juillet 1894 au 156e régiment d’infanterie. Après quatre années passées sous les drapeaux et parvenu au grade de sergent, il renouvelle son contrat à deux reprises. En 1902, il rejoint l’école militaire d’infanterie et devient élève-officier. Le 27 mars 1903, il rejoint le 5e bataillon de chasseurs à pied comme sous-lieutenant. Il passe lieutenant en 1905.

Edouard épouse en 1907 Marguerite Cholet. En 1908 naît son fils Claude (1908 – 1974) qui deviendra par la suite prêtre. Le couple compte un autre fils, Etienne, né en 1910.

En campagne comme commandant de compagnie au 5e BCP

A partir d’août 1914, le lieutenant Merklen fait partie de la 4e compagnie du 5e BCP et participe à tous les combats sanglants du bataillon en Alsace et dans les Vosges, lors des premières semaines de la guerre. Son bataillon croise à plusieurs reprises le 133e RI, les deux unités appartenant respectivement à la 81e et 82e brigade d’infanterie de la 41e division. Ils participent tous deux aux combats critiques du col des journaux, menant ensemble l’attaque du 6 septembre pour la reprise du col.

Promu capitaine le 10 octobre, il prend le commandement de la 4e compagnie. L’unité est alors commandée par le chef de bataillon Colardelle depuis le 1er octobre 1914, et alterne des secteurs (relativement) calmes et des périodes de repos jusqu’au début du mois de décembre.

Steinbach

Le 11 décembre 1914, il embarque avec sa compagnie à Saint Michel pour arriver au Bussang, puis pénètre à nouveau en Alsace.  Son unité est mise en réserve alors que les trois premières compagnies sont engagées à Steinbach le 13 décembre. Après de durs combats, les unités engagées doivent battre en retraite sur de nouvelles positions. La 4e est immédiatement envoyée pour les relever et occuper la croupe de la Chapelle-Saint-Antoine et le ravin du Schmitenrunz, face à Uffholtz. Les combats durent jusqu’au 16 décembre, date à laquelle l’ensemble du bataillon est relevé. Le 18 décembre, après quelques jours de repos, la compagnie occupe le secteur de Lauch.

Uffholtz

Le 18 janvier, le bataillon reçoit l’ordre de relever le 15e bataillon de chasseurs sur le plateau d’Uffholtz.  Arrivée dans le secteur, la 4e compagnie est mis en réserve. Le 19 au soir, les Allemands déclenchent un bombardement intense sur les positions qui se poursuit durant les jours suivants. Le 23, l’infanterie ennemi attaque et met en difficulté les positions françaises. La 4e compagnie reste en réserve alors que les 2e et 3e sont engagées pour stopper les Allemands. Les combats se poursuivent puis, à partir du 27 janvier, un calme relatif s’installe. Toutefois, le 4 février, nouveau bombardement suivi d’une attaque de la croupe nord-ouest d’Uffholtz, tenue notamment par la 4e. S’ensuivent des combats très durs. La 4e compagnie s’élance à 14h30 pour reprendre une tranchée perdue et fait 40 prisonniers. L’ennemi reflue le jour même. Le 5, le bataillon est relevé. Les mois suivants, il va occuper plusieurs secteurs dans un calme plus relatif : d’abord le plateau d’Uffholtz (bien connu),  le Sudel (à partir du 15 avril) …

Coïncidence remarquée par le capitaine Jean-Marie Mercklin pendant ces combats, un chasseur est mortellement touché le 4 février 1915. Il s’agit du caporal Marie-Jules Merklen. Un lointain cousin du capitaine, issu d’un milieu bien plus modeste puisque « rattacheur » comme son père (un rattacheur est un ouvrier du textile qui rattache les bouts d’un fil rompu. Souvent très jeune, il travaille en compagnie du fileur), né aussi à Remiremont (le 8 septembre 1882, donc de 6 ans le cadet de l’officier). Se connaissaient-ils ? Le caporal était-il à la 4e compagnie, à la 6e compagnie (une partie ayant été engagée ce jour au même endroit) ou à la 3e compagnie ? Gardons de toutes ces questions uniquement cette présence des deux cousins en Alsace, non loin de Thann d’où est issu leur ancêtre commun Hans.

Hilsenfirst

La compagnie Merklen se retrouve engagée dans l’offensive sur l’Hilsenfirst qui débute le 14 juin 1915. L’offensive est un mouvement secondaire par rapport à l’attaque principale orientée vers Metzeral, objectif Munster. Dans un premier temps, le bataillon est en protection du flanc droit français et peu engagé.

Le 16 juin, il faut dégager la compagnie Manhes du 7e BCA, encerclée plus haut. La 1re et 3e compagnie sont engagées et Manhes est dégagé le 17 juin. Le 18 juin, nouvelle offensive pour prendre le sommet de l’Hilsenfirst. La 4e compagnie est à nouveau mise en réserve, le long des pentes Ouest. L’attaque n’aboutit pas. Le 20, nouvelle opération qui cette fois-ci engage la 4e compagnie. Cette dernière doit prendre la partie nord. A 16h30, la compagnie Merklen progresse mais est stoppée par le feu des mitrailleuses placées sur les pentes Ouest du bois. Les pertes sont sérieuses. Une nouvelle attaque le 21 échoue à nouveau pour la compagnie. Les autres sont bousculées par une contre-attaque ennemie et c’est en tentant de l’arrêter que le commandant Colardelle tombe à la tête de la 2e compagnie. Le même jour tombe le chasseur Receveur, auquel un hommage a été fait sur ce blog ici. Le bataillon, sans chef, se voit confier un nouveau secteur jusqu’à l’arrivée du commandant Barberot le 26 juin.

La 3e compagnie du bataillon relève une compagnie du 53e BCA au sommet de l’Hilsenfirst. Le 1er juillet, les Allemands déclenchent un bombardement violent qui désorganise l’unité et leur permet de prendre pied dans la première tranchée. Le 2 juillet, le commandant Barberot, renforcé de deux compagnies du 15e chasseurs, lance la totalité de ses hommes contre les positions prises par l’ennemi et parvient à les reprendre. Le 4 juillet, le bataillon est relevé. Au total, les pertes sont de 574 hommes (d’après l’historique du 5e BCP).

Les combats de l’Hilsenfirst feront l’objet d’un long communiqué de guerre, surtout grâce à l’épisode de la compagnie Manhes.

Départ au 134e RI et carrière d’après guerre

En juillet, le capitaine Merklen est muté au 134e Régiment d’Infanterie et remplacé par le capitaine Pérotel. Pourquoi ce changement ? Sa fiche matricule ne l’indique pas. Il est nommé capitaine adjoint major, ce que l’on peut considérer comme une promotion.

Le 18 juin 1918, il passe au 414e RI et est promu chef de bataillon. Il y reste jusqu’à la fin de la guerre. Il est légèrement blessé en septembre 1918 et reçoit à cette occasion une citation à l’ordre de la 4e armée le 11 décembre 1918 :

S’est dépensé sans compter, toujours sur la brèche, donnant constamment à ses hommes l’exemple de l’endurance, de la bravoure. Blessé légèrement le 26 septembre et commotionné à la suite d’un ensevelissement par éclatement d’obus, a continué à exercer le commandement de son bataillon. Toujours prêt à enlever ses hommes, ne connaît pas la fatigue.

Il passe ensuite de régiment en régiment, affecté d’abord au 42e RI en 1919 puis au 35e RI en 1923. Il est transféré en avril 1923 au 17e Régiment de Tirailleurs Algériens. Un temps passé en inactivité, il se retire à Remiremont mais est rappelé dans son dernier régiment en 1925. Il meurt en service, le 7 mai 1928, à Epinal.

Edouard Merklen fut décoré de la Croix de Guerre , et chevalier de la légion d’honneur le 11 janvier 1916. Lors de sa promotion comme chevalier, son supérieur écrit :

Officier actif, ardent, brave, ayant de l’ascendant et de l’autorité sur sa troupe. A rendu d’excellents services depuis le début de la campagne. (A déjà reçu la Croix de Guerre).

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1 commentaire

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    Merci pour ce récit. Un éclairage très important sur les combats et l’engagement mené par des hommes courageux que nous honorons.

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