Au fil du temps, les articles de ce blog continuent de tisser des liens au delà du temps, avec les descendants des hommes du 133e RI. C’est bien entendu une grande satisfaction. Après madame Françoise Mourlin, petite nièce du sous-lieutenant Millet, c’est monsieur François Desbazeille, petit-fils du lieutenant Henri Desbazeille que l’article des « Les tués du 133e RI à La Croix-aux-Mines » a fait réagir. Son grand-père qui repose avec les quatre autres officiers sous la grande pierre du carré militaire, tomba le même jour que le sous-lieutenant Millet, lors de la sanglante journée du 30 août. Cet article rend hommage à cet officier de réserve, fils et petit-fils de bijoutiers réputés à Paris, et lui-même bijoutier.

Une famille de bijoutiers

Henri Jean Desbazeille nait le 11 octobre 1884 à Paris, dans le 2e arrondissement, au domicile de ses parents,  6 rue Monsigny. Son père, Germain Desbazeille, est un bijoutier réputé qui a pris la suite de son père Louis, fondateur de la maison qui porte leur nom. Louis Desbazeille s’était associé en 1872 avec le bijoutier Derouen pour reprendre la maison Bourgeois. En 1877, il décide néanmoins de la laisser à son associé pour fonder en 1877 sa propre maison, au 6 rue Monsigny. La maison Desbazeille va alors se lancer successivement dans trois types de fabrication :

  • les bijoux camés jusqu’en 1882
  • les bijoux divers de 1882 à 1889
  • les bijoux avec médaille ou obtenus par la frappe, à partir de 1889

C’est Germain Desbazeille (1852 – 1930, père d’Henri) qui avait rejoint son père en 1881 à 29 ans et avait repris l’ensemble de la maison en 1886, qui oriente définitivement l’activité vers les bijoux avec médaille. Ces derniers ont définitivement supplanté le camé.

Tiré au sort

A 19 ans, Henri est tiré au sort pour effectuer son service militaire, malgré sa demande de dispense comme « ouvrier d’art ». Il rejoint le 76e régiment d’infanterie  le 3 novembre 1904 pour 3 ans. Son régiment avait accueilli quelques années auparavant Marcel Proust. Henri rejoint le 46e RI en 1905 où il passe caporal. Il rejoint enfin la réserve le 8 novembre 1907 à l’issu de son service.

Il retrouve son métier de bijoutier ciseleur auprès de son père, et se marie avec Germaine Désirée Descatéaux. Le couple aura quatre enfants.

Nommé sergent de réserve, il est promu sous-lieutenant le 5 juillet 1909, et affecté au 133e RI. Il y effectue deux périodes d’exercices avant la guerre – du 24 juin au 21 juillet 1911 puis du 12 mai au 1 juin 1913. Le 5 juillet 1913, il est promu lieutenant.

La campagne d’Alsace et le combat fatal de la tête de Behouille

Henri est mobilisé et rejoint le 133e RI le 2 août 1914. Il fait partie de la 2e compagnie du 1er bataillon et rejoint avec son régiment la frontière pour pénétrer en Alsace. Il affronte les premiers combats à Cernay, puis à Dornach et Mulhouse. Fin août, il entame la retraite vers la frontière, comme tous les régiments présents en Alsace. Le 29, veille de sa mort, son bataillon parcourt une étape épuisante de 35 kilomètres, de Soultzmatt au col de la Schlucht. Le lendemain, il est aussitôt engagé dans la bataille des cols, au niveau de Mandray. C’est là, le 30 août, premier jour des combats qui se poursuivront jusqu’au 10 septembre (voir la séquence d’articles « Le col des Journaux revisité« ) qu’il trouve la mort à la tête de la compagnie, le même jour que son capitaine dont il avait repris le commandement après qu’il soit tombé.


Comme pour le sous-lieutenant Millet, il y a peu de détails sur sa mort, mais celle-ci a lieu lors du premier engagement en vue de prendre la tête de Béhouille. Il est d’ailleurs porté disparu, et la Croix Rouge est sollicitée pour vérifier s’il a été fait prisonnier.La citation à l’ordre l’armée qu’il reçoit le 21 juillet 1917, donne finalement quelques précisions :

Officier de très haute valeur morale. Le 30 août 1914, son capitaine venant d’être tué, a pris spontanément le commandement de la compagnie, l’a entraînée dans un assault à la baïonnette contre une position âprement défendue et sous un violent feu de mousquetterie. Est tombé glorieusement frappé d’une balle en plein coeur sur la position conquise.

Son corps repose aujourd’hui dans le carré militaire de la Croix-aux-Mines, avec un grade erroné de sous-lieutenant.


Suite

François Desbazeille, son petit-fils, me rapporte une suite à la mort de son grand-père. Des louis d’or sont retrouvés sur son corps par un officier allemand qui les envoie à la veuve du lieutenant Desbazeille, via la Suisse avec une lettre rédigée en français expliquant ses regrets. Son père Germain demande alors à sa belle-fille de ne pas les encaisser. Les louis d’or seront versés dans les emprunts de la défense nationale. « Une autre époque » conclut son petit-fils… Ce dernier me précise qu’en août 2014, à l’occasion du centenaire de sa mort, il parcourut à pied la dernière étape de son aïeul en arrivant sur Fraize et le col des Journaux jusqu’à la tête de Béhouille… un bel hommage.

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2 commentaires

    • Philippe Crozet

    • 7 septembre 2018

    • 15:28

    • Répondre

    Bonjour Philippe,

    Merci pour ce beau récit, qui de nouveau, nous fait sortir de l’oubli un Lion du 133e de ligne…

    Bien amicalement

    Philippe

    • MOURLIN Françoise

    • 3 septembre 2018

    • 22:36

    • Répondre

    Toujours aussi émouvant!
    Soyez vivement remercié pour cet hommage.

    Bien à vous .
    fmourlinlamy@gmail.comFrançoise Mourlin

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