En juin 2015, un premier article de ce blog tentait de lancer la reconstitution du parcours du caporal clairon Louis Etienne Janéaz, arrière-grand-père de madame Véronique Janéaz, tombé à La Fontenelle le 24 septembre 1914. Un après, l’aide de multiples personnes a permis d’éclaircir ses derniers jours. En voici les détails.

Louis Etienne Janeaz

Louis Etienne Janeaz

Alors que Véronique Janéaz et sa famille pensait que leur aïeul faisait parti du bataillon Barberot, Philippe Crozet et Eric Mansuy permettaient d’identifier sa compagnie, la 12e, et donc son rattachement au 3e bataillon. Tout d’abord, Philippe Crozet eut l’idée de regarder l’acte de décès, et le nom des deux témoins. Ce sont le sergent Léon Content, et le sergent fourrier Georges Madela. Témoins de la mort du caporal Janéaz, on peut penser que ce dernier appartenait à leur section ou compagnie. Or une citation au Journal Officiel indique que le premier, Léon Content, s’est illustré le 14 septembre en remplaçant son lieutenant, mortellement blessé, lors de l’attaque de la Fontenelle. Cet officier est le sous-lieutenant Louis Richoux, 34 ans. Sans trouver de confirmation officielle dans le JMO, les conditions de le mort de ce lieutenant laissent penser qu’il appartient probablement au 3e bataillon. Absent des effectifs du régiment le 23 août, il aurait remplacé le lieutenant Georges, tué au col des Journaux le 10 septembre, et commandant la 12e compagnie.

Eric Mansuy apporte quant à lui le document qui confirme l’appartenance du caporal à la 12e compagnie, à savoir un relevé des tombes provisoires à Saint-Jean d’Ormont. Celle de Louis Etienne Janéaz y est cité, et ce dernier estst-jean-1 mentionné comme faisant partie de la 12e compagnie du 133e RI.

Restait alors à comprendre pourquoi le Journal de Marche du 133e RI donnait si peu de détails sur la journée du 24 septembre et les conditions de la mort du caporal. Ce même journal contient en fait la réponse, en précisant le parcours de cette même 12e compagnie.

Le 3e bataillon qui participe d’abord à l’invasion de l’Alsace et participe à la deuxième prise de Mulhouse le 23 août, se replie comme l’ensemble du 133e régiment d’infanterie sur les Vosges. A partir du 30 août, il est engagé dans les combats très meurtriers au col des Journaux qui vont se dérouler sur plus de 10 jours. Le 7 septembre, alors qu’il ne lui restent que deux officiers et son commandant, le 3e bataillon est quasi anéanti. Une centaine de survivants, dont le caporal, parviennent à se replier. Le commandant du bataillon, le commandant de Corn, est fait prisonnier et l’un des deux officiers restant, le lieutenant Georges qui commande la 12e compagnie, tué.

Le 1er bataillon (Barberot) récupère les rescapés du 3e et parvient à stopper les Allemands. De fait, le caporal Janéaz se retrouve bien sous le commandement de Barberot. A-t-il écrit quelque lettre à sa famille où il parle du commandant, ce qui explique que ce nom soit resté ? Après avoir fortifié ses positions le 8 septembre, le bataillon est relevé et cantonne à Fraize, Aulnes et Clairegoutte. Le 11 septembre, il est rengagé pour reprendre le col des Journaux, mais les Allemands qui viennent de perdre la bataille de la Marne, ont abandonné le col et se sont repliés.

denipaireLe 133e RI est aussitôt dirigé vers Saint-Dié où les hommes arrivent après une longue marche. Le 14 septembre, ils rejoignent le secteur du Ban-de-Sapt. La 3e bataillon est pris à parti par des tirs allemands en partant relever les positions vers la Fontenelle, car les troupes françaises avaient déjà quittées les positions depuis une heure. Le lieutenant Richoux est tué. Toutefois, la 12e compagnie à laquelle appartient le caporal est ensuite détachée en soutien d’artillerie à Denipaire (en retrait par rapport à la ligne de front), où elle va stationner jusqu’au 23 septembre. A cette date, le journal de marche du 133e indique que la compagnie est mise sous le commandement du 363e régiment d’infanterie. Celui-ci part occuper le secteur de La Fontenelle.

Le 24 septembre, jour du décès du caporal, le journal de marche du 363e décrit des attaques importantes : bombardements de batteries allemandes suivis d’attaques d’infanterie ; mort d’un soldat par le tir d’un camarade ; 5 attaques de patrouilles pendant la nuit. Le 363e compte 9 tués, mais ne comptabilise pas ceux de la 12e compagnie qui lui est rattachée. Comment le caporal Janéaz est il tué ? Difficile de le dire ? Est-ce lui qui est tué par le tir du camarade ou bien est-il mort pendant le bombardement ? Sa citation ne donne pas de détails sur les conditions de son décès.

Pendant longtemps, Véronique Janéaz a recherché les détails de la mort de son arrière-grand-père dans le journal de marche du 133e RI. Mais celui-ci ne donne pas d’informations sur les tués de la journée. C’est son rattachement de sa compagnie au 363e RI qui donne finalement la clé pour comprendre ce silence, et fournit une description du contexte de sa mort.

sentiertombeprovisoirejaneazGrâce à un document indiquant la tombe provisoire fourni par Eric Mansuy, il a été possible de pister le lieu exact de son inhumation provisoire cet été avec l’aide de Yann Prouillet. En fait, le document initial indiquait la tombe provisoire n° 2. Mais le plan des tombes provisoires, dessiné par le Lois Roux, indiquait la tombe n°3. La tombe isolée de Louis se trouvait sur la droite du chemin montant au champ de bataille. Au sortir de la guerre, plusieurs plans ont été dessinés par différents intervenants, d’où la confusion dans les numéros.

Le transfert à la nécropole introduit un autre personnage, l’Abbé Giraudet. C’est lui qui en fournit la demande. Qui est-il ? Sa paroisse ne parvient pas à être identifiée. Mais Véronique Janéaz trouve par hasard au dos d’une carte postale de son village natal et celui de ses ascendants depuis 1650 -Varey-  un texte adressé à monsieur A Giraudet, aumônier au château de Varey. Ce château privé au moment de la guerre a été mis à disposition en 1916 pour recevoir les mutilés de guerre et en 1918 pour accueillir les orphelins, mis sous la protection de religieuses (chanoinesses de Saint-Augustin, congrégation de Notre Dame) et d’un aumônier. Les parents du caporal habitaient à quelques pas du château, et ont probablement demandé l’aide de l’abbé pour obtenir le transfert à la nécropole.

Aujourd’hui, à cette même nécropole de La Fontenelle, le hasard fait que les deux témoins de la mort du caporal reposent près de lui. La tombe du Léon Content se trouve pratiquement en face de Louis Janéaz, un peu plus sur la droite. Quant à Georges Madala, il repose le rang derrière, tous deux regardant l’ancienne cabane du gardien.

tombeleoncontent JANEAZnecropole tombegeorgesmadala

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3 commentaires

  1. Avatar

    J’ai lu avec beaucoup d’emotion vos différents commentaires concernant le 133 RI
    Je m’interesse au parcours de ce régiment en 1914-18
    En effet,mon oncle Pierre Gallot de la classe 1911 perdra la vie sous les plis de son drapeau
    le matin du 19 juillet 1918 du coté de Licy sur Clignon,Pierre etait mitrailleur à la 2CM
    il avait 27 ans

    • Philippe van Mastrigt

      Bonjour monsieur,
      merci pour votre commentaire. J’ai profité de votre message pour indexer votre oncle sur le site Mémoire des Hommes (il fait partie des derniers qui ne le sont pas). Avez-vous des éléments sur son parcours depuis le début de la guerre ? Nous pouvons éventuellement publier un article sur son parcours sur ce blog.
      Bien à vous

  2. Avatar
    • JANEAZ Véronique

    • 17 septembre 2016

    • 15:30

    • Répondre

    Monsieur Van Mastrigt,

    Quelques mots ne suffiront pas afin de vous remercier pour ce long et patient travail de recherche.
    Lors de notre 1er contact -grâce à votre ouvrage- je n’imaginais pas que nous pourrions remonter le fil de l’histoire et nous approcher au plus près de ce que furent les semaines et les derniers jours de guerre de mon arrière-grand-père dans les Vosges.
    Pour votre disponibilité, votre analyse très juste et vos connaissances partagées :
    un grand merci !
    Merci également à messieurs Mansuy et Crozet pour le partage des documents, sans lesquels nous n’aurions pu identifier la compagnie de Louis.
    Je n’oublie pas l’accompagnement de Yann Prouillet, dont les connaissances avisées de la Fontenelle, m’ont permis de découvrir l’endroit où reposait Louis lors de sa primo inhumation.
    Je suis touchée par l’attention et l’aide apportées par chacun.
    Soyez en chaleureusement remerciés.
    Mes amitiés.
    Véronique JANEAZ

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