Général Pierre TrouchaudA l’occasion de la publication de l’article consacré aux communiqués officiels du Linge, Jean Trouchaud m’a transmis des éléments biographiques de son grand-père, le général Pierre Trouchaud, qui commanda une partie des troupes engagées sur ce front. Nous nous étions rencontrés lors de l’inauguration de l’extension du Musée du Linge le 23 mai 2015, à l’occasion du centenaire de la bataille. Le général Muller, président du musée du Linge, nous avait rapproché, car il lui semblait que le chef de Bataillon Charles Barberot, nommé au 5e BCP, était sous le commandement du général Pierre Trouchaud. Nous avions tous deux quelques doutes. De fait, après vérification, le 5e BCP (que le commandant Barberot n’a commandé qu’un gros mois, de fin juin 1915 à sa mort le 4 août), faisait partie de la 3e brigade de chasseurs. Celle-ci était commandée par le colonel Brissaud. Le général Trouchaud commandait quant à lui la 5e brigade. Les deux brigades étaient toutefois réunies dans la une même division, la 129e, dont le général Trouchaud était le commandant en second, aux côtés du général Nollet.

Pierre Louis Albert Trouchaud est né  à Nîmes  le 30 septembre 1861, et décédé dans cette même ville le 3 novembre 1930 à l’âge de 68 ans. Il est le fils de Pierre Emile TROUCHAUD, propriétaire, et de Cécile Marie Sylvie CLARIS.

Entré à Saint-Cyr le 20 octobre 1880, il en sort sous-lieutenant le 1er octobre 1882 (promotion des Kroumirs, qui comprend aussi le futur général Bataille, commandant la 81e brigade, tué au col du Bonhomme), et rejoint le 111e RI. Il se bat tout d’abord en Extrême-Orient, au Tonkin, de 1885 à 1889.  Il est blessé au combat de Cho Moi le 17 janvier 1889.

Entre 1894 et 1898, il est affecté alternativement en Tunisie et Algérie. Il passe capitaine le 12 juillet 1890. Entre 1898 et 1900, il repart au Tonkin puis retrouve l’Algérie en 1901. Il est chef de bataillon le 16 mai 1901. Il est chevalier de la légion d’honneur 29 décembre 1896, officier le 31 décembre 1913.

Il épouse le 27 novembre 1901 Emmeline Puech, une des filles du vice-amiral Puech. De cette union naîtront deux enfants : le père de Jean Trouchaud, et un fille, pasteur à la ZUP (première femme pasteur en France) et médaille de la Ville de Nîmes. Pierre Trouchard est protestant, ce qui le met à l’écart des tensions fortes entre la République naissante et les officiers catholiques monarchistes (sa promotion de Saint-Cyr connaît déjà l’affaire dite de « la sainte Henri »). Il a la réputation d’un officier « républicain ».

Le 23 juin 1908, il passe lieutenant colonel au 86e RI, puis colonel le 23 décembre 1912 au 162e RI (Verdun).

Les hostilités de 1914 commencent alors qu’il est toujours colonel au 162e RI. Il participe à la première bataille de la Marne avec l’Armée de Foch où il est blessé.

Février 1915, il forme et commande la 5e brigade de chasseurs à pied qui se bat l’été suivant dans les Vosges, notamment au Linge. Pendant ces combats,  il est cité à l’ordre de l’Armée et nommé général de brigade, au commandement de la 19e Division d’Infanterie (et ce jusqu’à la fin de la guerre). Il est aussi promu au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur le 28 octobre 1915.

En 1916, il participe à la bataille de Verdun (cote 304, Surville …) puis de la Somme. Début 1918 , sa division résiste héroïquement à la contre-offensive allemande ce qui vaut au général Trouchaud une nouvelle blessure et sa promotion comme général de division. L’ensemble de ses troupes,  fait plutôt exceptionnel, est cité à l’ordre du jour de l’Armée.

Après près d’un an en Alsace redevenue française, il est nommé adjoint au général commandant  la place de Paris jusqu’à sa retraite en 1923. Il commande notamment les troupes lors de la cérémonie d’inhumation du soldat inconnu le 11 novembre 1920. Il est nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur. A partir de 1923, il se retire à Nîmes dans sa maison à l’extrémité de la rue Roussy (côté gare, aujourd’hui remplacée par un immeuble collectif) où il décède en 1930. Une avenue porte son nom à Saint-Laurent d’Aigouze, berceau de sa famille.

En 1922, le journal l’Humanité publie l’article suivant :

Décadence! C’est un cri d’alarme, en même temps qu’un cri d’horreur, que vient de pousser le brave général Trouchaud, adjoint au gouverneur militaire de la place de Partis. Le brave général Trouchaud est un militaire rigide et consciencieux. C’est en même temps un observateur sagace. C’est pourquoi ce monsieur avisé, se trouvant aux obsèques du pauvre Deschanel [Jean Trouchard précise qu’il s’agissait d’un ami] a pu constater :

1. Que la musique ne déboîtait pas suffisamment pendant le défilé et que le général commandant les troupes n’avait qu’un espace insuffisant pour se placer.

2. Que les chevaux n’étaient pas habitués aux musiques d’infanterie et qu’ils prenaient peur.

3. Que la tenue était défectueuse, terriblement défectueuse.

4. Qu’au moment du défilé, la moitié des sapeurs et des musiciens ne marchaient pas au pas et ne tournaient pas la tête à gauche qu’un servant, entr’autre, avait la tête sensiblement droite.

Telles sont les principales constatations faites par le brave général Trouchaud.  Eh bien, cela est grave, très grave. Car, enfin, les chevaux se mettent à avoir peur de la musique et à foutre leur cavalier par terre, que sera-ce lorsque ces infortunés bipèdes devront entendre la « chanson des marmites » ? Vraiment, il faut que la musique soit bien mauvaise pour que les chevaux eux-mêmes ne puissent l’entendre. Et il faut aussi que les cavaliers ne soient pas très forts pour se laisser ainsi culbuter sur le cul.

De même, à une époque où il n’est question que d’aller à gauche et que de bloc de gauche, que signifie cette obstination à pousser vers la droite ? L’armée est de plus en plus réactionnaire et le brave général Trouchaud, seul, s’avère un bon républicain.

Au moment où l’Allemagne ne rêve que revanche, on avouera que tous ces chevaux qui prennent peur, ces officiers qui s’habillent de travers et tous ces boutons de guêtre qui nous manquent ne sont pas faits pour inspirer confiance au pays.

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