(Cet article sur les communiques du Linge fait suite à l’article La Fontenelle)

L’offensive du Linge sera largement communiquée par le haut commandement et repris dans la presse. La durée même de cette offensive, qui va s’étaler sur près de deux mois et demi, expose l’offensive à la population pendant une période longue. Les pertes élevées, bien que discutées encore aujourd’hui (voir l’article sur ce blog), amènent après la guerre le classement de champ du bataille. L’offensive se termine sur un échec, qui va quelque peu contre-balancer la victoire de Metzeral. La fin de l’offensive est aussi celle de la fin des opérations d’envergure dans les Vosges, jusqu’à la fin de la guerre. Les communiqués listés ci-dessous s’arrêtent néanmoins à fin août. Le texte qui a été publié est lui aussi daté de cette période, ignorant que les Allemands engageront à partir de septembre plusieurs actions violentes pour reconquérir le terrain.

21 juillet 1915

Dans les Vosges, de vives actions d’infanterie se sont déroulées, dans l’après-midi d’hier et dans la nuit, sur les hauteurs qui dominent, à Test, la vallée de la Fecht du Nord. Nous nous sommes rendus maîtres d’une partie des organisations défensives allemandes. Nous avons notamment, progressé jusqu’à faible distance de la crête du Linge.

Le 20 juillet marque le début des opérations du Linge. L’offensive est en lien étroit avec celle effectuée dans la vallée de la Fecht, et celle au niveau de l’Hilsenfirst. Il s’agit de déboucher sur Munster et Colmar par les sommets. Pourtant, l’opération ne démarre pas aisément. Les Allemands ont eu le temps d’organiser leurs positions. La bataille qui démarre va se révéler sanglante et terminer sur un échec.

1915-Linge-perspective-front-1915-191822 juillet 1915

Au nord de Munster, nos troupes se sont organisées sur les positions qu’elles avaient conquises au Linge. Nous avons fait, au cours de ces combats, 107 prisonniers.

23 juillet 1915

Dans les Vosges, au nord de Munster, sur les hauteurs qui dominent, à l’est, la vallée de la Fecht du Nord, nous avons, après une lutte opiniâtre, occupé la crête du Linge et pris pied au sud de celle-ci, dans les carrières du Schratzmännele et les bois du Barrenkopf.

Sur les crêtes du Linge et du Barrenkopf, très violent bombardement des positions que nous avons conquises.

27 juillet 1915

Dans les Vosges, nous avons réussi, hier soir, à étendre et consolider nos positions sur la crête du Lingekopf et à occuper le col situé entre le Linge et les carrières; l’ennemi a contre-attaque par trois fois mais sans succès. L’artillerie allemande a bombardé le col de la Schlucht.

28 juillet 1915

En Alsace, nos troupes ont achevé, hier, la conquête de la position très puissamment organisée que les Allemands occupaient à 200 mètres d’altitude au-dessus de nos tranchées de départ, sur la crête Lingekopf —Schratzmännele— Barrenkopf, c’est-à-dire sur un front de 2 kilomètres. Ces hauteurs dominent la vallée principale de la Fecht ainsi que la grande route Notre-Dame des-Trois-Epis. Nous avons fait prisonniers plusieurs officiers et plus d’une centaine d’hommes appartenant à cinq régiments différents.

Plusieurs bataillons de chasseurs, dont le 14e BCA ont participé à cette offensive, qui a permis d’enlever une partie mais pas toutes les positions allemandes du Linge. Les Français ne contrôlent pas la crête. Le communiqué ne l’indique pas, et se limite à constater les progrès qui ont mis à l’abri les tranchées de départ.

29 juillet 1915

En Alsace, nous avons occupé deux blockhaus ennemis, à l’est du Lingekopf et du Schratzmännele. Dans les Vosges, au Lingekopf, dans les positions conquises le 22, nous avons relevé 200 cadavres allemands et trouvé 2 mitrailleuses, 200 fusils, une grande quantité de munitions et d’équipements.

Le 29 juillet est le premier assaut du 5e BCP. L’opération est insuffisamment soutenue par l’artillerie, et échoue partiellement dans sa prise de la crête. Les troupes doivent s’arrêter et organiser des tranchées improvisées.

1 août 1915

En Alsace, au milieu de la nuit, l’ennemi a attaqué sans succès nos positions au Schratzmännele et au Reichackerkopf ; il a subi des pertes assez sensibles.

bataill du linge dans La Croix3 août 1915

Dans les Vosges, une série de combats ont été livrés depuis le 1er août au soir, devant les positions que nous avons conquises sur les hauteurs du Linge, du Schratzmännele et du Barrenkopf; nous nous sommes emparés de plusieurs tranchées allemandes, en infligeant à l’ennemi de lourdes pertes et en faisant 5o prisonniers appartenant à deux régiments différents.

Dans les Vosges, l’ennemi a prononcé, dans la soirée du 2 août, une attaque contre nos positions du Linge et trois attaques contre celles du Barrenkopf ; ces attaques ont toutes été repoussées.

Le communiqué renvoie au deuxième assaut du 5e BCP, avec comme objectif la prise des tranchées de la crête. Cet objectif n’est que partiellement atteint, puisque plusieurs blockhaus allemands résistent. Le général de Pouydraguin indique effectivement près de 50 prisonniers bavarois.

4 août 1915

Dans les Vosges, au Linge et au Schratzmännele, des combats à coups de grenades et de pétards se sont poursuivis à notre avantage pendant une partie de la nuit. Au Barrenkopf, nous avons repoussé une contre-attaque allemande.

5 août 1915

Dans les Vosges, bombardement continu et très violent de nos tranchées au Lingekopf. Dans la soirée du 4, les Allemands ont prononcé une attaque très violente, malgré laquelle nous avons conservé toutes nos positions, à l’exception de quelques éléments de tranchées sur la crête du Linge…

Le communiqué reste très sobre, bien qu’exact. De fait, les bombardements du 4 août sont les plus intenses de la bataille, et coûtent notamment la vie du commandant Barberot. Mais les chasseurs rescapés parviennent effectivement à s’accrocher.

6 août 1915

Dans les Vosges, des combats très acharnés se sont livrés sur les hauteurs qui dominent la Fecht du nord, particulièrement au col du Schratzmännele, où l’ennemi, après s’être emparé d’un de nos blockhaus, en a été chassé par une contre-attaque immédiate. Nos tirs de barrage ont infligé aux Allemands de très lourdes pertes.

8 août 1915

Dans les Vosges, l’ennemi a bombardé à plusieurs reprises nos positions du Linge et du Schratzmännele. Vers 14 heures, il a prononcé au col du Schratzmännele, sur la route du Hohneck, une attaque qui a été arrêtée par nos tirs de barrage. A la fin de l’après-midi, une nouvelle attaque allemande a été rejetée à la baïonnette et à coups de grenades.

Dans les Vosges, l’attaque, prononcée par les Allemands, à la fin de l’après-midi d’hier, a eu un caractère d’extrême violence ; elle était dirigée contre nos positions du Lingekopf, du Schratzmännele et du col qui sépare ces deux hauteurs. Les assaillants ont été complètement repoussés et ont subi de lourdes pertes. Devant le front d’une seule de nos compagnies, plus de 100 cadavres allemands sont restés dans les réseaux de fils de fer.

9 août 1915

Dans les Vosges, les Allemands ont attaqué de nouveau, dans la soirée, nos positions du Linge et ont été complètement repoussés.

Dans les Vosges, une nouvelle attaque allemande contre nos positions du Linge a été prononcée vers 1 heure et a complètement échoué. Nos tirs de barrage ont infligé à l’ennemi des pertes sensibles.

12 août 1915

Au bois Le Prêtre et dans les Vosges, au Linge et à l’Hilsenfirst, canonnade assez violente.

Dans les Vosges, au Linge, les Allemands ont prononcé une tentative d’attaque qui a été rejetée après un combat à la grenade.

16 août 1915

D’autre part, pour répondre au bombardement de Saint-Dié et de notre camp du Wettstein (ouest du Lingekopf), nous avons bombardé la gare de Sainte-Marie -aux- Mines et le camp allemand de Barrenstall.

18 août 1915

Dans les Vosges, nous avons violemment bombardé les positions ennemies, dans la région du Linge au Reichackerkopf, et sur la crête entre Sondernach et Landersbach. A ce dernier point, notre infanterie est passée à l’attaque, a pris pied sur la crête et s’y est installée. Une contre-attaque de l’ennemi a été repoussée.

Notre bombardement d’hier, de la position allemande dans la région du Linge, a détruit deux batteries lourdes et fait sauter plusieurs dépôts de munitions sur la crête de Sondernach. Deux nouvelles et violentes contre-attaques, lancées au cours de la nuit contre la position conquise par nous hier, ont été complètement repoussées ; nous avons fait une cinquantaine de prisonniers.

19 août 1915

Dans les Vosges, lutte violente et continue sur le sommet du Linge. Nous nous sommes emparés d’une nouvelle tranchée allemande à la crête du Schratzmännele. Nous avons fait quelques prisonniers.

20 août 1915

Dans les Vosges, l’ennemi n’a plus réagi que par une violente canonnade contre nos positions du Linge et du Schratzmännele.

Sur les sommets du Linge et du Schratzmännele, les pertes allemandes ont été très importantes ; on a trouvé un grand nombre de cadavres ennemis dans les 250 mètres de tranchées que nous avons conquis.

23 août 1915

Dans les Vosges, sur les crêtes Linge-Barrenkopf, après un vif combat à la suite d’un tir de préparation particulièrement efficace, nous nous sommes emparés de quelques tranchées ennemies.

31 août 1915

Canonnade assez vive en Lorraine, vers Moncel, Bezange et Ghazelles, ainsi que dans les Vosges (région du Rabodeau, de Launois et du Linge).

lemirroirlingeLe recueil qui contient les communiqués officiels s’arrête à fin août. Il publie d’autre part en annexe un récit des combats, sans préciser s’il s’agit d’une publication au journal officiel, comme il y en eut sur le Ban-de-Sapt, Metzeral et l’Hilsenfirst.

Nouvelles du Front

A l’assaut du Lingekopf et du Schratzmännele. 

Depuis plus d’un mois, une série d’actions énergiques et brillantes, une véritable bataille s’est poursuivie dans les Vosges pour la possession des positions dominantes du massif du Linge, dont nous nous sommes rendus maîtres en majeure partie, malgré une résistance acharnée et de nombreux retours offensifs de l’ennemi. Les communiqués journaliers ont brièvement indiqué les fluctuations de ces combats. A maintes reprises, ils ont signalé nos progrès sur les pentes, puis sur les crêtes des sommets principaux, Lingekopf, Schratzmännele, Barrenkopf. Mais ce qu’ils n’ont pu dire et ce qui mérite d’être signalé, c’est l’enchaînement de toutes ces actions, leur portée d’ensemble et la tâche accomplie par les troupes d’élite qui ont été appelées à y prendre part.

Le but.

On sait que des Vosges moyennes descendent vers l’Alsace deux vallées principales, celle de la Weiss au nord et celle de la Fecht au sud, qui convergent aux environs de Colmar. L’une et l’autre sont parcourues par les deux seules grandes routes qui franchissent dans cette région l’ancienne frontière, la route de la Weiss au col du Bonhomme, et la route de la Fecht, au col de la Schlucht. Entre ces deux routes qui se rejoignent elles aussi à Colmar, s’étend un vaste triangle montagneux dont la base est formée par le massif dominant des Hautes-Chaumes qui jalonne la frontière. De là s’étagent vers l’est une première série de hauteurs formant barrière du nord au sud, puis d’autres qui s’abaissent en promontoires vers les vallées et la plaine d’Alsace. De Tune à l’autre de ces vallées serpentent deux routes transversales qui partent d’un tronc commun en avant de La Poutroye, sur la Weiss, se séparent à Orbey et rejoignent la Fecht, l’une à Stosswihr, à quelques kilomètres à l’ouest de Munster, l’autre, connue sous le nom de route des Trois Épis, près du débouché même de la vallée à Turckheim. Entre ces deux routes s’élève un groupe de hauteurs boisées: le Rain-des-Chênes, le Linge, le Hohrothberg, le Frauenkopf. C’est la possession de ces hauteurs, ou tout au moins des plus importantes, celles du Linge, qui était l’enjeu de nos dernières opérations. Les possédant, l’ennemi avait sous son regard et sous son feu la route d’Orbey à Stosswihr, formant transversale de communication en arrière de notre front. En y prenant pied, c’est nous qui allions surveiller à notre tour et empêcher les mouvements allemands sur la route des Trois-Epis.

Organisation préparatoire.

La tâche était particulièrement ardue. Nous avions pu pousser nos lignes jusque sur les contreforts de la position principale où nous tenions, face au Linge, les hauteurs du Hornleskopf ou Hurlin, du Gombekopf, du Glasborn. Mais les communications vers l’arrière étaient précaires. De rares sentiers muletiers, traversant les Hautes-Chaumes, étaient insuffisants pour permettre des concentrations et ravitaillements de quelque importance. Aucun village n’offrait de ressources de cantonnements. Pour réunir les troupes d’attaque et le matériel, pour assurer le courant régulier des approvisionnements et des évacuations, il fallut d’abord construire une grande route de montagne de plus de 12 kilomètres de longueur prolongée par de larges boyaux défilés, installer des camps, des baraquements pour les hommes et les mulets, des dépôts de munitions et d’outillage, des relais d’ambulance. Ce fut une œuvre préparatoire de longue haleine à laquelle toutes les compétences d’une organisation d’armée ont utilement collaboré. Le résultat leur fait grand honneur. Pendant tout le cours des opérations, cette longue ligne de communications, franchissant des sommets élevés, utilisant tous les couverts, parcourue par des convois de toute nature, automobiles, chariots, convois muletiers, transportant plus de 100 tonnes par jour, a été le pourvoyeur ponctuel des troupes de combat et la condition première du succès.

Le terrain d’attaque.

Le terrain d’attaque présentait lui-même des difficultés exceptionnelles qui ont grandement facilité la résistance de l’ennemi et rendu la lâche de nos troupes plus ardue et plus méritoire. Le massif du Linge barre l’horizon d’une haute muraille de 3 kilomètres, dont la crête se profile du nord au sud, d’abord en pente régulière jusqu’au sommet du Linge proprement dit ou Lingekopf. Elle s’infléchit faiblement jusqu’à une échancrure dite le « Collet du Linge » et remonte ensuite suivant une pente rapide jusqu’au Schratzmännele, dont le nom ne figure pas sur la carte au 1/80000e, mais dont le sommet en réalité domine tout le massif. De ce sommet, la ligne de crête redescend à travers des carrières et des éboulis dessinant une vaste échancrure en dépression sensible, pour rebondir au sud sur les groupes du Barrenkopf et de son prolongement le Kleinkopf. Le versant qui nous faisait face était d’autant plus difficile à aborder, que nos boyaux d’approche devaient d’abord franchir une vallée dénudée et marécageuse où de nombreux affaissements, sous l’action des eaux, obligeaient à consolider sans cesse et à reprendre les travaux boule versés. Toute cette zone était, d’autre part, exposée à des feux d’enfilade, venant du nord et du sud, qui rendaient la circulation à peu près impossible pendant le jour. Les pentes elles-mêmes du Linge, du Schratzmännele et du Barren, couvertes de bois très denses, se prêtaient à une organisation défensive échappant aux vues, dont il était particulièrement difficile de connaître à l’avance le dispositif et d’apprécier l’état de destruction lors des bombardements préparatoires à l’attaque. Vers les sommets, on apercevait, à travers certaines rares éclaircies des pentes abruptes, un terrain très rocheux. Les blocs accumulés formaient par endroits des éboulis, des chaos, où la marche devait être extrêmement pénible. Entre le Schratzmännele et le Barrenkopf, la pente était plus douce, mais le terrain était, par contre, entièrement dénudé sur une vaste étendue, et les Allemands avaient profité de tous les abris environnants, de tous les flanquements couverts pour rendre cette clairière à peu près inabordable. Un blockhaus important en occupait l’angle sud-ouest. On en connut, en l’occupant, la formidable organisation : murs de 3 mètres d’épaisseur en béton de ciment, toits en rails et rondins, réseaux et chevaux de frise de tous côtés. La porte du réduit — ce détail en dit long — se fermait à l’extérieur.

Premier assaut.

La première attaque eut lieu le 20 juillet. La préparation par l’artillerie fut particulièrement intense et prolongée, parce qu’en beaucoup d’endroits il était impossible d’en vérifier la complète efficacité. Elle n’avait pas duré moins de dix heures, lorsque nos bataillons de chasseurs partirent à l’assaut, avec ce même élan et cet indomptable courage auxquels les Allemands ont déjà si souvent rendu hommage. Ils abordèrent résolument le mystère encore menaçant des sous-bois, et progressant pied à pied contre un ennemi que le bombardement avait ébranlé, franchissant les réseaux et les tranchées, ils parvenaient à la fois jusqu’au sommet du Linge à gauche, et au sommet du Barren à droite. L’attaque de gauche affirmait bientôt son complet succès et s’emparait de vive force d’une pièce de 77. Malheureusement, au centre, la progression n’avait pu être aussi rapide, et l’ennemi conservait sur le Schratzmännele des positions formant flanquement. Elles permirent à ses mitrailleuses d’appuyer une série de fortes contre-attaques qui obligèrent nos troupes à abandonner les crêtes conquises pour se reformer légèrement en arrière en s’accrochant au sol, gardant toutefois une partie du terrain gagné pour faciliter un nouvel assaut. Celui-ci fut donné le 22 et marqua dans les mêmes conditions un nouveau progrès.

La classe 1915.

L’artillerie de tous calibres, très heureusement répartie sur tout le front, reliée au poste de commandement par un réseau téléphonique minutieusement préparé et entretenu, fit cette fois d’utile besogne. On sut, par la suite, que la ligne à voie étroite desservant l’arrière-front ennemi fut détruite ce jour-là en plusieurs endroits. Les réserves allemandes éprouvèrent des pertes si sérieuses, qu’un peloton entier de la 4e compagnie du 14e bataillon de chasseurs allemands disparut comme groupement distinct et ses débris furent répartis entre les deux autres. Trois soldats d’une unité de première ligne se rendirent ; c’étaient les uniques survivants d’une section de 47 hommes. A l’heure prévue, notre assaut se déclencha avec un ensemble impressionnant. Le jeu des relèves avait mis en avant des bataillons formés, pour la majeure partie, de jeunes soldats prenant part, pour la première fois, à un véritable combat. Le général commandant l’attaque les vit s’élancer sous le feu ennemi avec une telle furie qu’il en eut, dit-il, un frisson d’orgueil. D’un bond, ils franchirent les tranchées ennemies, marchant littéralement sur les Allemands qui les occupaient, atteignirent les crêtes et, dans leur élan, les dépassèrent au lieu de procéder à un « nettoyage » méthodique des premières lignes et à une mise hors d’état de nuire des défenseurs qu’elles abritaient encore. Cet excès de témérité ne laissa pas à d’autres vagues d’assaut le temps de rejoindre nos troupes d’attaque et de les appuyer. L’ennemi profita de cette circonstance pour prononcer une contre-attaque et réoccupa partiellement le sommet même du Linge et du Barren. Néanmoins, deux mitrailleuses et une grande quantité de matériel restaient entre nos mains.

Nouveaux assauts.

Un nouvel effort était aussitôt préparé. Le 26 juillet, nous reprenions pied sur la crête et le « Collet du Linge »et, le 27, un combat violent s’engageait sur toute la ligne. Il nous permettait de réaliser encore de nouveaux progrès et même d’occuper un instant le sommet du Schratzmännele. Au Linge, une compagnie ennemie est entièrement anéantie; le commandant de la compagnie est fait prisonnier. Sur les pentes du Barren, nos colonnes, bien orientées, progressent derrière les obus, avancent dans les bois éclaircis maintenant par la canonnade, gagnent la crête et s’y établissent. La lutte continue à pied à pied les jours suivants. Le 29, l’attaque vise plus spécialement la position du Linge où l’ennemi reste solidement retranché. Une de nos compagnies atteint le réseau de fil de fer que la proximité des deux lignes ne permet plus de détruire par le canon. Elle s’y maintient sous un feu violent à quelques mètres de la tranchée allemande. Le capitaine fait passer à son camarade d’une unité voisine ce simple billet : « Suis sur les fils de fer ; suis blessé par balle. Nous retranchons sur place. Les Boches ne nous délogeront pas. Vive la France ! » Et en effet, la compagnie chantant la Marseillaise résiste à une violente contre-attaque. On la somme vainement de se rendre. Elle tient là pendant six heures et permet aux unités voisines de continuer leur progression. C’est une lutte désormais sans répit. De jour et de nuit, les attaques et les contre-attaques se succèdent. Le 29, nous sommes à proximité de la crête du Schratzmännele. Le 1er août, un de nos bataillons saute dans les tranchées allemandes, qu’il occupe sur une longueur de 250 mètres, et s’empare de quatre blockhaus.

Ce passage « colle » avec le déroulé réel des combats. Ce sont d’abord les progrès du 14e BCA, puis celle du 5e BCA à partir du 29 juillet, qui sont narrés. La pénétration dans les lignes de crêtes allemandes sans pouvoir l’emporter se trouve bien décrit.

Violentes réactions.

L’ennemi sent que, peu à peu, l’ensemble de la position lui échappe et va tenter un effort désespéré pour la ressaisir. Les 4 et 5 août, il dirige sur toutes nos lignes un bombardement méthodique, d’une violence encore inconnue. Quarante mille obus de tous calibres s’abattent sur nos tranchées, nos abris, nos boyaux de communication et les bouleversent presque complètement. Les pertes sont sensibles et atteignent aussi bien les porteurs, les brancardiers, les téléphonistes que les unités combattantes. Des troupes moins bien aguerries eussent pu être démoralisées et perdre le bénéfice de tant d’efforts. Nos chasseurs et les effectifs d’infanterie qui leur ont été adjoints tiennent sans défaillance sous ce déluge de fer. Des contre-attaques violentes sont repoussées. L’ennemi ne réussit à progresser que sur la ligne de crête où il réoccupe, le 4, un blockhaus du Linge et, le 5, quelques tranchées au Collet et sur les pentes du Schratzmännele. Il échoue complètement dans ses nouvelles tentatives des 7 et 8 août. Le 9, son effort peut être considéré comme définitivement maîtrisé.

L’intensité des tirs allemands du 4 août n’est pas caché, ni l’impact sur les combattants français.

Le succès.

A notre tour, nous reprenons, le 17 août, la progression interrompue et, cette fois, l’avance est rapide et décisive. Une première attaque nous rend maîtres d’une partie du Schratzmännele, dont nous occupons enfin le sommet le 22 août. Le lendemain, le succès se complète par de nouveaux progrès au Barrenkopf et au « Collet du Linge » qui consolident la position et nous permettent de nous installer sur la position conquise. Après un mois de durs combats, l’objectif visé était enfin atteint. Nous avions brisé la résistance allemande sur les positions où elle s’était concentrée. L’ennemi, qui ne nous avait pas opposé moins de sept brigades engagées successivement, devait renoncer pour le moment à nous disputer le terrain conquis et reconnaissait sa défaite en ne réagissant plus que faiblement par des bombardements intermittents et peu efficaces. Du sommet du Schratzmännele, nos chasseurs aperçoivent maintenant tout proches la vallée de Munster, la plaine d’Alsace, Turckheim et Colmar.

Le récit s’arrête fin août, probablement la date de publication du texte. Pourtant la bataille va se poursuivre et une partie des positions va être perdue à nouveau en septembre, avec trois offensives allemandes succéssives. Ces derniers vont utiliser pour la première fois des lance-flammes et des gaz de combat. Le dernier assaut le 16 octobre 1915 se termine sur un échec et marque la fin des combats actifs.

La séquence sur les communiqués officiels se termine avec ce dernier article.

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2 commentaires

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    • TROUCHAUD Jean

    • 23 janvier 2016

    • 13:00

    • Répondre

    Pour info, le « CV » de mon grand-père, le général (GDI) Pierre Louis Albert Trouchaud (Nîmes 30/09/1861 – Nîmes 03/11/1930)

    Lieutenant sorti de St Cyr, il se battit tout d’abord en Extrême-Orient et passa quelque temps en Afrique du nord. Les hostilités de 1914 commencèrent alors qu’il était colonel (162ème RI) à Verdun. Il participe à la première bataille de la Marne avec l’Armée de Foch où il fut blessé. Février 1915, il forme et commande la 5ème brigade de chasseurs à pied qui se battit l’été suivant dans les Vosges notamment au Linge (j’ai participé au Centenaire de ces combats durant lesquels il fut cité à l’ordre de l’Armée et nommé général de brigade au commandement (qu’il conservera quasiment jusqu’à la fin de la guerre) de la 19ème DI ainsi que Commandeur de la Légion d’Honneur. Puis il participa à la bataille de Verdun (cote 304, Surville …) puis de la Somme. Début 1918 , sa Division résiste héroïquement à la contre-offensive allemande ce qui vaudra à mon grand-père une nouvelle blessure et sa promotion de général de division et à l’ensemble de ses troupes (fait plutôt exceptionnel) d’être citées à l’ordre du jour de l’Armée. Après près d’un an en Alsace redevenue française, il sera commandant militaire de la place de Paris jusqu’à sa retraite en 1923 et Grand Officier de la Légion d’Honneur. Il se retire à Nîmes dans sa maison à l’extrémité de la rue Roussy (côté gare, aujourd’hui remplacée par un immeuble collectif) où il décède.
    Une avenue porte son nom à Saint-Laurent d’Aigouze, berceau de la famille. Il avait épousée une des filles du vice-amiral Puech dont il eut deux enfants mon père et ma tante, pasteur à la ZUP (première femme pasteur en France) et médaille de la Ville de Nîmes.

    • Philippe van Mastrigt

      Bonjour,
      merci pour cette biographie ! Je propose de la mettre en exergue par un véritable article. Je vous recontacte.

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