(Cet article sur les communiques de l’Hilsenfirst fait suite à l’article Metzeral)

L’offensive en Haute-Alsace qui débute en juin 1915 et amènera à la prise de Metzeral, débute dès le 13 juin par une offensive pour la prise du sommet de l’Hilsenfirst, en vue de prendre Metzeral par Sondernach. Les combats qui vont s’y dérouler se mélangeront à l’actualité générale de ce front.  Ils auront leur événement médiatisé avec l’épopée de la compagnie Manhès, qui donnera lieu au célèbre dessin publié dans la presse, où des chasseurs à court de munitions lanceront des pierres sur les assaillants allemands. Le carnets récemment publiés du capitaine Manhès offrent un témoignage passionnant de cet épisode. En revanche, le bilan de l’offensive sera médiocre, et ne donnera pas les mêmes succès que ceux qui auront lieu dans la vallée. Le site Hilsenfirst de Jean-Bernard Laplagne donne un détail approfondi de ce front oublié (voir aussi l’article publié dans l’Alsace). Le site de Pierre Grande Guerre offre aussi un tour complet du secteur par son article « Munster Valley Petit Ballon« .

Hilsenfirst-hauteursDans les communiqués du mois de juin et juillet, quelques lignes feront référence spécifiquement à l’Hilsenfirst. En revanche, le journal officiel publiera un récit détaillé de l’épopée Manhès le 13 juillet, moins d’un  mois après les événements.

17 juin 1915

15 heures

Dans les Vosges, nos progrès au cours de la journée d’hier nous ont rendus entièrement maîtres de la ligne des hauteurs qui dominent la vallée de la Fecht, au nord de Steinabruck et de Metzeral. Au sud, nous avons également gagné du terrain entre les deux branches de la haute Fecht et sur les hauteurs qui séparent la vallée de la Fecht et celle de la Lauch.

Les progrès de terrain annoncés se trouveraient a priori dans le secteur de l’Hilsenfirst. Pourtant, ces progrès restent incertains, et les premiers résultats de l’offensive dans ce secteur décevants. Le 17 juin, la compagnie Manhès encerclée se trouve dégagé, ce que le communiqué ignore encore. Les chasseurs français n’ont toujours pas atteint le sommet.

26 juin 1915

Dans les Vosges, une attaque allemande, à l’Hilsenfirst, a été repoussée.

Les Français ont atteint le sommet le 20 juin mais le lendemain, la poursuite de la progression échoue. Le commandant Colardelle, prédécesseur du commandant Barberot au 5e BCP, est tué le 21 juin de deux balles lors d’une contre-attaque. Les jours suivants, le secteur connaît un répit. Mais le 25 juin, les Allemands bombardent les positions françaises puis lancent unee attaque. L’artillerie française parvient à les arrêter. L’objectif initial d’atteindre Metzeral en passant par Sondernach n’est plus que lointain.

2 juillet 1915

Dans les Vosges, après un bombardement de notre front Langenfeldkopf — Hilsenfirst, deux attaques ennemies ont été lancées contre nous et complètement repoussées.

3 juillet 1915

Dans la soirée d’hier, les Allemands, après une préparation d’artillerie des plus intenses, ont tenté sur nos positions de l’Hilsenfirst une série d’attaques dont les deux premières ont été repoussées et dont la troisième avait réussi à prendre pied dans nos ouvrages; une contre-attaque nous a permis, hier matin, de reconquérir toutes nos positions, que l’ennemi continue de canonner avec acharnement.

Le commandant Barberot qui prend le commandement du 5e BCP raconte dans un courrier ces attaques et bombardements allemands qui se succèdent fin juin et début juillet. La cadence des tirs sur les positions est décrite comme « effroyable ». Il faut tout son sens tactique pour repousser l’ennemi qui a pris pied dans les tranchées le 1er juillet au niveau de sa 3e compagnie annéantie par les Allemands (en profitant d’une faiblesse du dispositif français), et reprendre ensuite les position perdues le 2 juillet après un bombardement. Les Allemands échoueront à contrer les chasseurs. Mais le 5e BCP connaît des pertes très importantes (700 hommes). Il est relevé  le 4 juillet. Mis au repos, son commandant va œuvrer à sa reconstitution avec des renforts, et à son entrainement en vue de l’offensive qui se prépare au Linge.

capitainemanhes2Le journal officiel, comme pour les autres combats, tranche fortement avec l’approximation des communiqués. Comme pour le Ban-de-Sapt ou les combats de Metzeral, il livre de nombreux détails sur les combats, les hommes… le récit pourrait être écrit pour les générations futures.

Journal Officiel du 13 juillet 1915

Nos succès en Alsace. Les chasseurs de l’Hilsenfirst.
(Journal officiel du 13 juillet 1915)

Pendant que se développaient les opérations qui ont amené l’occupation, par nos troupes, de Metzeral et de Sondernach, une autre action était engagée, du 13 au 21 juin, au sud de cette région, dans le massif de Langenfeldkopf, par une série de combats brillants, nous nous rendions maîtres du sommet de l’Hilsenfirst (1.270 mètres).

Au cours de cette lutte se déroule un épisode héroïque. Une de nos compagnies, avant-garde de son bataillon, qui a fait brèche dans la première ligne allemande, se trouve séparée des compagnies suivantes par un retour offensif de l’ennemi. Elle réussit néanmoins, bien qu’entourée de toutes parts, à se maintenir sur le terrain conquis pendant quatre jours, au bout desquels elle est délivrée, renouvelant ainsi l’exploit historique des chasseurs de Sidi-Brahim.

La brèche.

Le 14 juin, la 6e compagnie du 7e bataillon de chasseurs sort des tranchées de départ et se déploie rapidement dans une clairière, face à l’objectif qui lui est assigné. Elle est aussitôt soumise à un feu violent d’infanterie partant de la lisière du bois, d’où l’ennemi, debout et à genoux sur le parapet des tranchées, tire sans arrêt. Deux mitrailleuses allemandes entrent en même temps en action. Le peloton de tête de la compagnie s’arrête, se couche et ouvre un feu meurtrier sur les tireurs allemands qui disparaissent aussitôt. Les chasseurs se précipitent alors sur les tranchées allemandes et y prennent deux mitrailleuses. L’ennemi s’enfuit à travers bois, vigoureusement poursuivi ; puis la compagnie s’arrête et, conformément aux ordres reçus, se fortifie sur place.

Les patrouilles envoyées en avant font connaître au capitaine que l’ennemi est en retraite et qu’on peut traverser ses réseaux de fil de fer. Le renseignement est envoyé au chef de bataillon ; les chasseurs commencent à ouvrir une brèche dans le réseau. A ce moment, l’agent de liaison envoyé en arrière revient et rend compte que des patrouilles allemandes circulent derrière la compagnie et que les autres compagnies du bataillon n’ont pas encore traversé la clairière. Le capitaine donne l’ordre aussitôt à de fortes patrouilles de rétrograder en vue de rétablir la liaison.

Au moment où ces patrouilles parviennent aux tranchées si allègrement enlevées l’instant d’avant, elles se heurtent à l’ennemi qui essaie d’y reprendre pied et de déménager des mitrailleuses. Attaqués avec décision et audace, les Allemands nous abandonnent une mitrailleuse ; mais des renforts nombreux leur parviennent qui remontent rapidement le long des tranchées et barrent le passage à nos patrouilles. La compagnie est cernée. Il est 17h26 ; le cercle s’est fermé. La 6e compagnie et deux sections de la 4S en tout 5 officiers dont 1 blessé, et 187 hommes dont 24 blessés, sont cernées. Sans perdre un instant, le capitaine délimite un carré sur les quatre faces duquel on creuse rapidement des tranchées. En arrière, au loin, on entend les clairons du bataillon sonner la charge, les fusils et les mitrailleuses crépiter ; puis, peu à peu, la fusillade s’apaise; vers 20 heures, le calme s’établit complètement. Des deux patrouilles envoyées vers l’arrière, l’une est parvenue à passer, l’autre, vigoureusement ramenée, a eu deux hommes tués.

Le 10 juin, au petit jour, les Allemands attaquent le détachement. Malgré notre feu très nourri, ils avancent en colonnes par quatre ; l’instant paraît critique ; mais au moment où la situation semble le plus inquiétante, une rafale de 76 survenue à propos détruit complètement une colonne; le reste tourbillonne et s’enfuit : la lisière du bois est littéralement jonchée de cadavres allemands. Vers 19 heures. On voit encore poindre des partis allemands assez nombreux. Quelques patrouilles envoyées contre eux leur tuent une quinzaine d’hommes et suffisent pour les disperser. La compagnie fait des prisonniers.

La nuit est venue, le capitaine fait reposer ses hommes par fractions ; le reste veille, le doigt sur la détente. Le 16, avant le jour, tout le monde est sur pied. Dès l’aube, un sous-lieutenant et quelques hommes surprennent un détachement composé d’une vingtaine d’Allemands commandés par un sous-officier. Ils s’élancent sur eux, le sous-officier et deux hommes sont tués, deux grièvement blessés, trois faits prisonniers ; les autres s’enfuient à toutes jambes. Quelques instants plus tard, un brancardier, qui est allé soigner un blessé à une centaine de mètres sous-bois, se trouve subitement nez à nez avec un Allemand. Bien que sans armes, il l’empoigne immédiatement et le ramène dans le carré. La liaison est rétablie.

A 10 heures, le détachement parvient à communiquer par signaux avec le bataillon ; au-dessus des lignes allemandes, des appels en langue provençale sont lancés : la conversation s’engage. La compagnie cernée apprend ainsi que le bataillon attaquera le soir l’ennemi qui l’encercle, en faisant précéder son attaque d’un copieux bombardement. Des abris solides sont alors construits pour tous dans la redoute quadrangulaire ; à l’heure convenue, le bombardement a lieu. Nos chasseurs anxieux entendent l’attaque se déclencher, puis la fusillade faire rage…, puis s’espacer, puis s’éteindre. Ce n’est pas encore pour cette fois, mais nos chasseurs ont confiance.

Vers 21 heures, nouvelle attaque. De nouveau retentit au loin le refrain du bataillon, puis la charge sonnée par les clairons, la fusillade, les mitrailleuses, et puis, une fois encore, le silence. Le détachement conserve cependant son excellent moral ; mais le découragement commence à s’emparer des blessés ; quelques-uns délirent toute la nuit. Pendant cette même nuit, les Allemands travaillent autour de la compagnie, dans un ravin à 15o mètres environ au-dessous d’elle, protégés par des tirailleurs qui montent peu à peu le long des pentes et deviennent très gênants. La projection d’une quinzaine de grenades à mains les refoule précipitamment.

Le détachement s’organise. La question des vivres est devenue délicate, depuis le matin. Les hommes sont rationnés : une boîte de conserves pour cinq, sans pain ni biscuit. Le détachement a pu heureusement s’assurer de haute lutte la possession d’une source à environ 15o mètres de son carre de tranchées. Entre temps, les chasseurs ont eu le loisir de s’initier au maniement de la mitrailleuse allemande ; une équipe a été constituée sous la direction d’un sous-lieutenant ; un emplacement organisé pour la pièce à l’angle du carré, d’où elle peut flanquer le côté faible de la position. La redoute est devenue très forte : tranchées profondes, postes d’écoute poussés très loin et protégés, reliés par des boyaux. Une attaque par surprise de l’ennemi est devenue impossible. Les patrouilles circulent incessamment, conservent la supériorité sur l’ennemi ; elles le harcèlent sans cesse, lui enlèvent des sentinelles, s’enhardissent jusqu’à fouiller ses abris d’où elles rapportent quelques vivres et quantités de couvertures précieuses pour les blessés que la fraîcheur des nuits éprouve.

Le 17 juin au matin, un essaim de patrouilles ennemies cherche à monter vers le quadrilatère dont nos chasseurs ont fait un réduit inexpugnable. La mitrailleuse tire une bande sur elles et leur tue plusieurs hommes. Elles disparaissent. Plus tard, elles reviennent ; comme les grenades et les cartouches deviennent rares, nos « diables bleus » ont l’idée d’utiliser la raideur des pentes pour faire rouler sur elles des blocs de rochers préparés d’avance. Les patrouilles allemandes, dont plusieurs hommes sont écrasés, s’enfuient et ne reviennent plus.

La délivrance.

Vers 10 heures, les communications par signaux sont rétablies avec le bataillon qui promet pour le soir un bombardement écrasant. Mais il faut jouer serré, car l’investissement est devenu étroit. Le capitaine donne alors l’ordre de tirer deux fusées à chaque coin du carré pour permettre à l’artillerie de régler sou tir le plus exactement possible.

Le soir, le bombardement est déclenché. Sous la mitraille le bois s’éclaircit à vue d’œil ; les chasseurs voient passer près d’eux de nombreux groupes d’Allemands qui s’enfuient. Ils les saluent au passage par un feu sobre, mais précis : chaque tireur abat son homme. Cependant, l’héroïque carré est battu en permanence par une grêle de pierres et d’éclats. La poussière et la fumée deviennent compactes et horriblement pénibles. Pourtant, grâce aux abris solides et surtout à la précision du tir de notre artillerie, aucun des nôtres n’est atteint, A i8 heures, notre artillerie allonge son tir; et soudain une compagnie de secours débouche en trombe dans la petite clairière. Le détachement est délivré.

Aussi calmes qu’à l’appel du temps de paix, nos officiers dressent rapidement le bilan de la lutte. Chose à peine croyable, pendant ces quatre jours d’investissement, nos braves n’ont eu que deux tués et trois blessés. Le détachement n’a laissé aucun homme entre les mains de l’ennemi; il a infligé à ce dernier des pertes sévères, fait dix prisonniers, pris une mitrailleuse, plusieurs fusils et 4 000 cartouches dont il a montré qu’il savait se servir. Aussi le général commandant l’armée des Vosges, ancien chasseur lui-même, décide-t-il qu’en souvenir de son attitude au- cours de ces quatre journées, la 6e compagnie du 7e bataillon de chasseurs prendra dorénavant le nom de « compagnie de Sidi-Brahim ». Ainsi se perpétuent dans les troupes françaises les glorieuses traditions du passé.

Prochain épisode : les combats de La Fontenelle de juillet 1915

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2 commentaires

    • Francis Obert

    • 20 février 2018

    • 09:38

    • Répondre

    Bonjour
    je cherche la bataille où un soldat français du 7 e bataillon de chasseurs alpins a été tué le 16 juin 1915 à langenfeldkopf
    Merci d’avance pour cette recherche
    F Obert tél: 0619653854

    • Philippe van Mastrigt

      Bonjour monsieur,
      le 7e bataillon de chasseurs alpins est engagé le 16 juin dans la bataille de l’Hilsenfirst. Une partie, la 6e compagnie, celle du capitaine Manhès, est encerclée et résiste. Elle sera dégagée le 17 juin. Vous êtes donc sur la bonne page du blog.

      Le site hilsenfirst de Jean-Bernard Laplagne détaille les combats ici : Les principaux combats de l’Hilsenfirst. Langenfeldkopf y est cité dans le récit.

      Je recommande aussi comme lecture sur ces combats les carnets du commandant Manhès, que j’ai évoqué ici sur ce blog.

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