La Fontenelle Juillet 1915

(Cet article sur les communiques de La Fontenelle fait suite à l’article Hilsenfirst)

Le 22 juin 1915, alors que l’offensive dans la vallée de la Fecht est un succès français, les Allemands profitent de l’absence du 133e RI dans le secteur du Ban-de-Sapt pour lancer une offensive contre le site de La Fontenelle. Il en fallut de peu pour que le site tombe complètement, et des efforts désespérés furent nécessaires pour contrer l’offensive allemande. Les pertes françaises furent sévères (voir l’article publié à ce sujet). La communication sera minimale sur ces événements. Mais l’état-major, constatant que la reprise ne peut s’effectuer qu’en ramenant sur le secteur de nouvelles unités, va préparer une contre-attaque minutieuse. Celle-ci sera déclenchée le 8 juillet 1915 et sera une victoire quasi complète. Les tentatives de contre-attaque échoueront, et un deuxième coup de boutoir français le 24 juillet 1915 achèvera toute velléité de reprise allemande. Cette victoire complète, similaire à celle de la cote 830, et où le même 133e RI joua un rôle clé (avec des pertes sévères néanmoins, dont le soldat Alphonse Grospiron et le capitaine Juvanon du Vachat), sera largement exploitée dans les communiqués et par la presse. Les colonnes de prisonniers allemands défilant dans St Dié feront le bonheur de nombreuses cartes postales.

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Les communiqués officiels publiés minorent donc les événements de juin, mais relateront la reprise tout au long du mois de juillet. Une fois de plus, c’est dans le journal officiel que parraîtra une description détaillée de ces événements. Par ailleurs, pour tout ceux que cet épisode intéresse, un des lecteurs de mon ouvrage, Jean-Charles Facchini, m’a transmis un lien très intéressant vers Gallica (pages 694 à 730 et pages 832 à 865 (2e partie)) , se rapportant à un article parue dans la Revue d’Infanterie de 1923. Celui-ci décrit avec une très grande précision les combats de La Fontenelle.

23 juin 1915


Dans les Vosges, à la Fontenelle (région du Ban-de-Sapt), l’ennemi, dans la soirée, après avoir, en quelques heures, lancé près de 4 000 obus sur un de nos ouvrages avancés d’un front de 200 mètres, a réussi à y prendre pied. Il a attaqué en même temps les tranchées voisines. L’offensive allemande a été aussitôt enrayée. Par une contre -attaque très brillamment menée, nous avons repris presque entièrement le terrain perdu; nous avons fait 142 prisonniers dont 3 officiers.

Le communiqué est bien plus optimiste que la situation réelle. L’offensive allemande occupe la plus grande partie de la cote 627, et déloge les français au sommet de la crête. La contre-attaque menée dans la précipitation parvient à enrayer l’effondrement complet, mais ne reprend nullement la totalité des positions perdues. Au contraire, le commandant français se rend compte qu’il ne dispose pas des moyens immédiats pour reprendre les positions et installe la défense sur une nouvelle ligne rapidement constitué. Il s’agit maintenant de rassembler les unités permettant d’envisager une contre-offensive.

25 juin 1915

Dans les Vosges, à la Fontenelle, une attaque allemande a été repoussée. Les Allemands ont canonné les lisières de Metzeral et les crêtes à l’est du village où notre progression s’est légèrement accentuée.

26 juin 1915

Au cours de la contre-attaque que nous avons exécutée, le 23 juin, dans la région du Ban-de-Sapt, nous nous sommes emparés de quatre mitrailleuses et de beaucoup de matériel (fusils, cartouches, grenades).

Les communiqués rapportent plusieurs événements qui sont peu consignés dans les écrits ultérieurs. Il s’agit de garder un ton optimiste face au désastre du 22 juin.

4 juillet 1915

Dans les Vosges, quelques actions d’artillerie à La Fontenelle et à Hartmannswiller.

7 juillet 1915

Dans les Vosges, on signale une recrudescence d’activité de l’artillerie ennemie, qui a bombardé notamment La Fontenelle, l’Hilsenfirst, l’Hartmannswillerkopf et Thann.

9 juillet 1915

Dans les Vosges, dans la région du Ban-de-Sapt, à La Fontenelle, nous avons remporté un succès marqué : Après avoir chassé l’ennemi de la partie de notre ancien ouvrage qu’il nous avait enlevée le 22 juin, nous nous sommes emparés de toutes les organisations défensives allemandes, depuis la colline au sud-est de La Fontenelle jusqu’à la route Launois —Moyenmoutier. Le gain total représente une avance de 700 mètres sur un front de 600 mètres. Nous avons fait prisonniers 19 officiers, dont 1 chef de bataillon, 2 médecins, 767 hommes non blessés appartenant à sept bataillons différents. Nos ambulances ont recueilli 1 officier et 82 soldats allemands blessés. Nous avons pris 1 canon de 87,2 mitrailleuses, plusieurs lance-bombes et des munitions en grande quantité. Depuis le lever du jour, l’ennemi canonne violemment les positions per dues.

La contre-offensive minutieusement préparée, et assurée notamment avec les deux bataillons du 133e RI, rapatriés des Hautes-Vosges, et au moral élevé après les victoires qu’ils y ont acquises, est une réussite brillante. Elle permet de reprendre plus que les positions du 22 juin, notamment les versants est et nord-est. Soit une progression de plus de 700 mètres. Tout pourtant n’est pas tombé et devra faire l’objet d’une nouvelle opération.

11 juillet 1915

Le recensement du matériel pris, le 8, à La Fontenelle, a permis de constater que l’ennemi a laissé entre nos mains : 1 canon de 77, 4 mitrailleuses, 2 lance-bombes, un très grand nombre de fusils et de munitions, 1 appareil à oxygène contre les gaz asphyxiants, 1 dépôt de grenades et de cartouches de différents modèles.

13 juillet 1915

Le bombardement continue sur les positions que nous avons conquises à La Fontenelle, ainsi que sur nos tranchées avancées du col de Wettstein (nord de Munster).

decoration du drapeau du 133e RI par JoffreLe 10 juillet, les Allemands bombardent les positions françaises, sans tenter d’attaque. Le remplaçant du commandant Barberot, le commandant Gauthier, et plusieurs hommes du 133e RI sont tués par un obus. Le 13 juillet, le 133e RI voit son drapeau décoré par le généralissime Joffre, et le régiment cité à l’ordre de l’armée.

15 juillet 1915

Dans les Vosges, violent bombardement à La Fontenelle.

17 juillet 1915

Dans les Vosges, l’ennemi a lancé, hier soir, sur les positions qu’il a perdues au Ban-de-Sapt, une attaque qui a été arrêtée par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses.

Les Allemands vont tenter une offensive pour reprendre le terrain perdu le 16 juillet 1916. Pourtant, cette tentative est un échec. Les français parviennent à contrer l’attaque par un feu intense d’artillerie, aidé de projecteurs puissants.

18 juillet 1915

L’attaque allemande, dirigée le 16 juillet contre les positions que nous avons conquises à La Fontenelle, a été menée par deux bataillons qui, d’après les constatations faites sur le terrain, ont subi des pertes considérables.

Les communiqués disent vrai quant aux pertes subies. L’offensive allemande échoue lamentablement, sans gain de terrain mais avec des pertes importantes.

25 juillet 1915

Dans les Vosges, au Ban-de-Sapt, nous avons remporté un nouveau succès. Nous nous sommes emparés, hier soir, des organisations défensives allemandes très puissantes, qui s’étendaient entre la hauteur de La Fontenelle (cote 627) et le village Launois, et nous avons occupé un groupe de maisons qui forme la partie sud du village. Nous avons fait plus de 700 prisonniers non blessés, appartenant à quatre bataillons différents et à une compagnie de mitrailleuses. Le dénombrement du matériel pris n’a pu encore être fait.

Une seconde offensive parachève la victoire définitive des française le 24 juillet 1915. A nouveau, l’armée fait de nombreux prisonniers.

26 juillet 1915

Dans les Vosges, nos troupes ont organisé, malgré le bombardement, les positions conquises hier au Ban-de-Sapt. Le nombre des prisonniers allemands s’élève à 11 officiers et 826 hommes, dont 70 seulement blessés. De nombreux cadavres sont restés dans les tranchées. Nous n’avions, de notre côté, engagé que deux bataillons d’un régiment d’infanterie de ligne. Six mitrailleuses ont déjà été retrouvées dans les tranchées conquises.

27 juillet 1915

L’ennemi a également canonné. à diverses reprises les positions qu’il a perdues au Ban de-Sapt.

La victoire du 24 juillet est un coup d’arrêt définitif aux combats autour de la cote 627. Dorénavant, le front ne bouge plus sérieusement dans ce secteur jusqu’à la fin de la guerre.

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Ces mêmes combats feront rapidement, avant même la reprise du 24 juillet, l’objet d’un article dans le Journal Officiel.

Nos succès dans les Vosges. Combat de La Fontenelle.

(Journal officiel du 18 juillet 1915.)

Le terrain.

De larges ondulations, coupées de quelques ravins, des prairies, des champs de pommes de terre, des bois de sapins, çà et là des hameaux dont chaque maison est entourée d’un verger, tel est l’aspect du pays vosgien qui s’étend entre les hauteurs boisées de Senones et le grand massif forestier de la montagne d’Ormont. C’est dans cette région que s’est arrêtée en septembre dernier la retraite allemande qui a suivi la bataille de la Marne. Depuis lors, le front s’y est stabilisé et l’activité s’est concentrée surtout autour d’un point que les Allemands appellent « la hauteur du Ban-de-Sapt » et que nous désignons sous le nom de « cote 627 » (carte d’état-major en couleurs au 50 000) ou de « hauteur de La Fontenelle». La Fontenelle est un des hameaux qui composent le Ban-de-Sapt. Il est en notre possession, tandis que, plus à l’est, les autres localités du Ban, Laître et Launois, sont occupées par les Allemands. Entre La Fontenelle et Launois s’élève la colline 627 qui domine toute la région. Ce belvédère était jadis un but de promenade; aujourd’hui c’est un bastion et un observatoire ardemment disputé et sur lequel les projectiles d’artillerie n’ont rien laissé subsister du petit bois de sapins qui en couvrait le sommet.

Les entreprises allemandes sur la cote 627.

Pour nous enlever la cote 627 sur laquelle nos troupes étaient solidement installées, les Allemands entreprirent un véritable siège. Progressant lentement à la sape, faisant exploser de nombreux et puissants fourneaux de mine, ils arrivèrent peu à peu à se rapprocher de nos positions sans réussir toutefois à les entamer. Le 22 juin, les lignes étaient en présence à 15 ou 20 mètres, parfois à moindre distance. Ce jour-là, après un violent bombardement d’artillerie, l’ennemi donna l’assaut et réussit, au prix des pertes les plus graves, à prendre pied sur le sommet et même à pousser quelques éléments jusqu’à La Fontenelle. Vigoureusement ramenés par une contre-attaque qui nous permit de faire 142 prisonniers, les Allemands restèrent néanmoins accrochés au haut de la colline. Ils s’y fortifièrent aussitôt avec un labeur et une ardeur auxquels le général von Knoerzer, commandant la 30e division bavaroise, rendit hommage en ces termes : « En visitant aujourd’hui la position nouvellement conquise sur la hauteur du Ban-de-Sapt, j’ai eu l’occasion de me convaincre que, depuis que nous l’occupons, on a travaillé avec le plus grand zèle à l’organiser et que l’on continue à la fortifier avec joie et amour. « J’ai l’assurance que la hauteur du Ban-de-Sapt sera transformée dans le plus bref délai en une forteresse imprenable, et que les efforts éventuels des Français pour la reprendre échoueront avec les pertes les plus sanglantes.» L’ordre du général von Knoerzer est daté du 3 juillet.

Les combats des 8 et 9 juillet.

Le 8 juillet, les préparatifs nécessaires étaient terminés. Ce jour-là, à 7 heures du soir, trois colonnes d’assaut, placées préalablement face à leurs objectifs et appuyées par le tir extraordinairement précis d’une artillerie aussi nombreuse que puissante, abordaient la position ennemie et enlevaient d’un magnifique élan. Au centre, l’attaque prenait pied d’un seul coup sur la ligne de faîte et la dépassait, tandis que notre droite, par une démonstration vigoureuse, immobilisait l’ennemi sur ses positions à l’ouest de Launois. Notre attaque de gauche, qui avait d’abord progressé plus lentement, réussissait, à la faveur de la nuit, à s’emparer de la partie nord-ouest de la hauteur, tandis qu’à l’extrême gauche d’autres éléments débordaient largement la position, encerclant et faisant prisonniers ses derniers défenseurs. Au lever du jour, non seulement la totalité de la hauteur était reprise, mais encore l’ensemble de l’organisation défensive allemande jusqu’à la route Launois — Moyenmoutier était tombé en notre pouvoir. La totalité de la garnison du point d’appui (2 bataillons de la 5e brigade d’ersatz bavaroise) avait été tuée ou faite prisonnière. Grâce à la rapidité de l’exécution et à l’appui efficace de notre artillerie, nos pertes étaient légères et s’élevaient à moins du quart de celles de l’ennemi.

Les fantassins à l’assaut.

Les assaillants de La Fontenelle sont montés à l’assaut avec le même courage, avec le même élan, avec la même impassibilité que leurs camarades d’Arras. L’attaque principale, qui prit pied au centre sur la hauteur 627, a réussi en moins de dix minutes. C’était un spectacle impressionnant que de voir nos braves lignards aborder, au milieu de la fumée des projectiles, les retranchements allemands, inspecter ceux-ci pour s’assurer que l’ouvrage était bien fait et continuer la marche en avant, l’arme à la bretelle et la main dans la musette à grenades.

L’œuvre de l’artillerie.

C’est à l’artillerie de tous calibres qui a préparé et accompagné l’attaque qu’il faut faire remonter l’honneur d’avoir obtenu, sans pertes élevées, l’important succès que nous enregistrons. Avant l’attaque, les retranchements de l’ennemi avaient été entièrement bouleversés et les défenseurs avaient dû se terrer dans leurs profonds abris dont ils n’ont souvent pas eu le temps de sortir avant l’arrivée de notre infanterie. C’est également la puissance de notre feu d’artillerie qui a entravé toute tentative de contre-attaque et, après enlèvement de la position, a réussi à soulager notre infanterie en but au bombardement ennemi, en prenant sous un feu des plus efficaces les batteries de l’adversaire.

Les prisonniers.

Nous avons fait, au cours des combats des 8 et 9 juillet, un total de 881 prisonniers dont 21 officiers : les uns surpris dans leurs abris par l’attaque centrale, les autres débordés et cernés par notre action de flanc. Tous étaient encore sous l’impression de la commotion nerveuse du bombardement. «On ne peut imaginer pareil enfer», disaient-ils, et la plupart ne cachaient pas leur satisfaction d’échapper, pour l’avenir, à de telles émotions, considérant qu’en les ayant subies une fois sans y laisser la vie ou la raison, ils avaient rempli tout leur devoir de soldat. Les officiers, presque tous à bout de nerfs, exprimèrent eux aussi leur horreur de ce bombardement. « A chaque coup, dirent-ils, nos abris étaient secoués comme une boîte. » Tous étaient officiers de réserve : professeurs, employés d’industrie et de banque. L’un des plus ébranlés était un candidat en théologie, qui, deux jours après sa capture, croyait encore, au moindre bruit, entendre l’éclatement d’un obus. Seul le chef de bataillon (major Michahelles du 11e bataillon d’ersatz) qui commandait le secteur et appartenait à l’active avait conservé son calme. Il ne cacha pas son admiration pour le « travail » de notre artillerie et de notre infanterie.

Une organisation allemande.

L’organisation défensive allemande a été pratiquement annihilée. Elle était pourtant extrêmement sérieuse, puisqu’elle comprenait cinq lignes de tranchées et de boyaux, des ouvrages organisés pour le tir sur les deux faces pour  le cas où la position serait débordée, des blockhaus couverts de rondins et de tôles ondulées avec embrasures formées par des boucliers, et des abris souterrains très profonds. Le dénombrement du matériel pris : mitrailleuses, fusils, munitions, grenades, etc., n’a pu encore être fait. Chaque jour, on déterre de nouvelles mitrailleuses. Huit ont été déjà retrouvées. Dans un petit bois le long de la route, nous avons trouvé un parc du génie largement approvisionné d’outils, fils de fer, boucliers, sacs à terre. Nous avons pris aussi quatre lance-bombes, deux canons de 39 et un canon de 87.

Les exécutants.

Le régiment qui a pris la part la plus active au combat de La Fontenelle s’était déjà illustré à la prise de la cote 83o dans la vallée de la Fecht. Il vient d’être cité tout entier à l’ordre de l’armée des Vosges. Une compagnie d’un autre régiment du même recrutement de l’Ain, ainsi que les sapeurs du génie qui ont accompagné les attaques avec un dévouement admirable, méritent un égal tribut d’admiration. Les corps rivalisèrent d’élan. Même ceux à qui était confiée la garde des tranchées voulurent avoir leur part de gloire. Quelques unités d’un régiment catalan participèrent ainsi de leur propre initiative au nettoyage de la position et, dans un blockhaus oublié par les troupes d’assaut, ils firent 90 prisonniers. « C’est trop beau », s’écria un artilleur préposé au service des canons de tranchées, en voyant l’infanterie s’élancer à l’attaque, et, prenant un fusil, il s’élancera à, l’assaut avec ses camarades.

 

 

 

 

 

 

 

 

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