(cet article fait suite au premier épisode : Le col des Journaux revisité (1/3) : sur les traces 100 après)

La visite des lieux avec Eric Mansuy est toujours une clé pour reprendre la chronologie des événements. Visualiser l’espace des combats, ce qu’une carte permet déjà – mais partiellement – de faire, c’est resituer la chronologie sur un axe spatial. Le récit des combats du col des Journaux est parfois confus dans les écrits (notamment l’historique du 133e régiment d’infanterie). En voici les grandes lignes.

La chronologie des combats

(Cliquez sur la carte pour l’agrandir)

Comment les opérations se sont-elles déroulées en cette fin du mois d’août, alors que l’armée d’Alsace doit se replier sur les Vosges pour y tenir les cols face aux Allemands ? Mouvement de retraite qu’imposent celui des autres fronts car les franco-britanniques reculent partout après l’échec du plan XVII, et la progression rapide en Belgique de l’armée impériale. La bataille de la Marne n’a pas encore commencé.

Entre la fin août et le 11 septembre, une succession d’attaques et de replis va se succéder entre le col des Journaux et de Mandray d’une part, la tête de Béhouille d’autre part, que l’on ne parvient pas à tenir. Puis un combat acharné final autour de la possession du col des Journaux devient l’enjeu déterminant pour préserver le contrôle des cols des Vosges face à l’armée allemande.

Le 30 août 1914, le 1er bataillon du 133e RI arrive à 10h à Fraize après une retraite de plusieurs jours, après avoir franchi le col de la Schlucht, et traversé Plainfaing. Il rejoint les 13e et 22e bataillons de chasseurs sur ce théâtre d’opérations, qui sont déjà engagés contre les allemands depuis le 25 août avec de lourdes pertes. Le 3e bataillon du 133e RI est lui aussi engagé, le 2e étant positionné plus loin. L’objectif est de prendre la tête de Béhouille, qui commande les deux vallées. Après un bombardement, l’assaut est donné vers 13h20. Avec l’aide du 3e bataillon, les français parviennent à prendre la première ligne de tranchées (on commence déjà à creuser fin août 1914) mais l’attaque s’arrête là, à 19h. Un bivouac est improvisé à 100 mètres des Allemands. Les pertes sont lourdes parmi les officiers et les hommes, dont les capitaines Tusseau et Audé, les lieutenants Dircksen et Desbazeilles.

Le matin du 31 août, les français prennent finalement la tête de Béhouille que les Allemands ont évacuée pendant la nuit. Après une tentative de poursuivre l’attaque au-delà de la lisière, les Allemands reprennent l’initiative. Des sections de mitrailleuses et de l’artillerie située à Sainte Marguerite prennent les français sous leur feu. Ces derniers doivent se replier sur la tête de Béhouille.

Le 1er septembre, les Allemands amènent des troupes autour des positions françaises. Ordre est donné au bataillon de Corn de tenir la tête de Béhouille. Mais après des combats très durs et un risque d’encerclement, on se replie sur la lisière de la forêt qui couvre les cols de Mandray et des Journaux.

Durant la journée du 2 septembre, les français repartent à l’attaque de la tête de Béhouille vers 15h et parviennent à la reprendre. On tente d’encercler les Allemands mais ces derniers activent leur artillerie située près de la Croix-aux-Mines, au-delà du hameau du Chipal. L’attaque échoue, et les français doivent à nouveau se replier sur le col des Journaux. La 4e compagnie du capitaine Cornier parvient à couvrir le repli, malgré de lourdes pertes, puis à rejoindre le reste du bataillon.

Le 3 septembre, ordre est donné de reprendre le terrain perdu. Le 133e RI repart à l’assaut. Le 3e bataillon a mission de pousser vers la Croix-aux-Mines pour neutraliser l’artillerie, pendant que le 1er bataillon parvient à reprendre pied près de la cote 639 (Tête de Béhouille). Mais les allemands arrêtent le 3e bataillon qui doit se replier vers les Journaux.

Le 4 septembre, les Allemands bombardent violemment les français dès 6 heures. A 7 heures, le bataillon Falconnet décroche vers le col des Journaux. Son commandant est blessé pendant ces bombardements, le capitaine Barberot prend la tête du bataillon. Ordre est donné de défendre coûte que coûte le col des Journaux. Le bombardement se poursuit, et à 13h c’est le colonel Dutreuil qui est grièvement blessé. Le lieutenant-colonel Dayet est nommé à la tête du 133e RI. Des tranchées sont creusés au col par les français.

Le 5 septembre, le bombardement continue et l’infanterie allemande attaque. En début d’après-midi, le contact est perdu avec le 3e bataillon (de Corn). Le 1er bataillon doit décrocher dans la nuit pour éviter l’encerclement. Il se replie dans la nuit vers Plainfaing, d’où il est transféré vers Fraize. La vallée n’est plus défendue et à la merci d’un coup de boutoir allemand.

Le 6 septembre, ordre est donné par le général Dubail de tenir les positions coûte que coûte, sans espoir de renforts. Les Allemands s’infiltrent entre les positions du 133e RI et celles du 23e RI, qui a pris position depuis deux jours. Le col des Journaux doit être repris. L’attaque est déclenchée à partir de Plainfaing vers 16h20 par le 1er bataillon, aidé des 22e et 5e bataillons de chasseurs, avec un appui d’artillerie. Les Allemands sont bousculés et doivent reculer. Le col est repris à 20 heures.

Le 7 septembre, la conquête est reprise à 7h. Le bataillon Barberot consolide ses positions. Les allemands multiplient les attaques, le 3e bataillon est anéanti et son commandant (de Corn) fait prisonnier, les combattants se tiennent éloignés les uns des autres de quelques mètres.

Le 8 septembre, les fortifications à l’aide de rondins de bois se poursuivent. Le 9 septembre, le bataillon est enfin relevé. Les hommes rejoignent Fraize, Aulnes et Clairgoutte. Après un repos le 10 septembre, l’unité est rengagée le 11 septembre. Mais le 12 septembre, on constate que les Allemands se sont repliés. Le bataillon Barberot avance alors vers le Chipal et la Croix-aux-Mines. La bataille du col des Journaux se termine.

Si le 133e RI est finalement vainqueur, il est aussi partiellement détruit. Une grande partie de ses cadres ont été tués, et l’un de ses bataillons, le 3e, quasi anéanti.

Prochain épisode : le col des Journaux revisité (3/3) – les témoignages

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