Ce blog continue de retisser des liens entre les combattants d’hier et leurs descendants d’aujourd’hui. Laurent Lavallière, arrière-petit-neveu du capitaine Paul Henri Camus m’a ainsi transmis le parcours de cet officier du 5e Bataillon de Chasseurs à Pied, blessé notamment à l’Hilsenfirst le 18 juin 1915, quelques jours avant la prise de commandement du commandant Barberot. Son nom faisait partie de l’étude très fouillée d’Eric Mansuy sur l’hécatombe des cadres du 5e BCP, publiée ici sur le blog. C’est bien entendu l’opportunité de rendre hommage – grâce au travail de Laurent Lavallière –  à cet officier issu du rang, blessé à deux reprises et disparu le 24 août 1916 sur la Somme. 

Paul Henri Camus naît le 5 août 1893 à Chaussy, (Seine-et-Oise). Son père est gendarme à pied à la brigade de ce village. Il fait sa scolarité à l’École Militaire Préparatoire des Andelys (Eure) comme enfant de troupes jusqu’à son engagement dans les chasseurs à pied le 5 août 1911. Engagé volontaire pour 5 ans au 5e Bataillon de Chasseurs à Pied à Saint-Etienne-Lès-Remiremont (Vosges), il progresse régulièrement dans la hiérarchie militaire. Il est :

Caporal le 7 décembre 1911.
Caporal fourrier le 10 février 1912.
Sergent fourrier le 4 mai 1912.
Sergent le 15 octobre 1912.

La campagne d’Alsace

Le 1er août 1914, le 5e BCP dépend de la 81e brigade de la 41e Division d’Infanterie (celle du 133e RI), et file plein Est pour occuper la frontière du col de la Bresse au col de Ventron. Le Sergent Paul CAMUS semble être affecté à la 1ère compagnie. Le 22 août, au combat d’Ingersheim, (Haute-Rhin), Paul Camus est blessé à la cuisse droite par 3 balles. Il ne retournera en ligne que 4 mois plus tard le 26 décembre. Entre-temps il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 1er septembre 1914. Le 5 mai 1915, il passe sous-lieutenant à titre définitif, le 30 mai lieutenant à titre temporaire.

L’Hilsenfirst

Le 18 juin, son bataillon est engagé dans les combats de l’Hilsenfirst (Haut-Rhin). Il commande une section de la 1ère compagnie faisant partie d’un groupe d’attaque aux ordres du Commandant Collardelle. Il se distingue lors de l’assaut des « épaulettes » et du « bois en brosse ».  Blessé lors de l’attaque, Paul Camus ne consent à se faire panser que le soir, sur l’ordre qui lui en fut donné. Il est alors évacué. L’affaire coûte au 5e BCP, 24 tués, 72 blessés, 34 disparus. Pendant sa convalescence il est nommé le 24 juin comme lieutenant à titre définitif.

Nous ne connaissons pas la durée de sa convalescence. Décimé par les combats du Hilsenfirst, reconstitué puis à nouveau lourdement éprouvé par ceux du Linge (dont la mort de son commandant, Charles Barberot), le bataillon est à nouveau reconstitué et son encadrement réorganisé à partir du 11 août. Paul Camus rejoint probablement le bataillon durant cette période et passe capitaine à titre temporaire. Il est ainsi mentionné le 30 août dans l’historique régimentaire comme capitaine de la 1ère compagnie.

Le Sudel

Le 1er septembre, la 1ère compagnie commandée par Paul Camus relève à Sudel III – appelé aussi « le doigt » – une compagnie du 371e régiment. Le Sudelkopf III est l’un des quatre mamelons d’une crête de 1500 m de longueur et d’une altitude moyenne de 1000 m. Cette crête s’étire selon une direction ouest-est au nord du Hartmannswillerkopf dans le Haut-Rhin. Le 24 septembre, la 1ère compagnie toujours sur le Sudel III est en butte à un violent torpillage. La compagnie, « durement éprouvée », sera relevée le 17 octobre, soit plus d’un mois et demi-passé sur « le doigt » sous des bombardements et attaques. Le 2 octobre, Paul Camus passe capitaine à titre temporaire (notons qu’il est identifié comme capitaine dès le 30 août dans l’historique régimentaire, cette nomination le 2 octobre étant probablement la confirmation administrative).

La bataille de la Somme

Août 1916 le secteur bois de Hem – route de Maurepas à Cléry-sur-Somme

Dans la nuit du 19 au 20 août, après un séjour à Etinehem (Somme) depuis le 16 août, le bataillon rentre « en secteur ». Son objectif sera la prise de la route Cléry-Maurepas (notons que Maurepas est le lieu où tombe Louis Chevrier de Corcelles, mentionné à de multiples reprises sur ce blog). Le 23 août 1916, le bataillon reçoit l’ordre de la division de mettre à disposition du commandant du 67e BCP qui est en première ligne la 1ère compagne, celle de Paul Camus. Elle est employée au bois des ouvrages pour des travaux de portages (ravitaillement en munitions et matériels) et éventuellement pourrait servir d’échelon de repli. Le 24 août, à 17h44, le 67e BCP s’élance à l’attaque des tranchées allemandes et subit en retour un violent feu de mitrailleuses et d’artillerie. A 3h du matin le bataillon revient sur ses positions de départ.  Ses pertes sont de 31 tués, 91 blessés, 38 disparus.

Le secteur en 2009 plus en détail avec notamment le bois des ouvrages et devant les 3 tranchées occupées par le 67ème BCP avant l’attaque du 24/8/1916, lieu probable ou Paul a été mortellement blessé.

La mort du capitaine Camus

Paul Camus est blessé au bois des ouvrages « dans la tranchée de première ligne ». Il meurt lors de son transport vers les ambulances d’Etinehem (Somme). Le médecin principal de 2e classe Lucien Georges, qui tient le journal du service de santé de la 66e division, note pour les ambulances installées à Etinehem :

« Blessés de guerre arrivés aux ambulance d’ETINEHEM du 24 août 7 h au 25 août 7h : 77.  … Capitaine CAMUS – 5e bataillon de chasseurs – Plaie du cou décédé à l’arrivée le 24 août à 22 h ».

Blessures, citations et décorations

Paul Henri Camus est blessé à plusieurs reprises et distingué pour son engagement au combat.

Blessures

« Blessé le 22 août 1914 à Ingersheim. Plaie en séton par 3 balles à la cuisse droite »

« A été atteint le 18 juin 1915 aux combats de l’Hilsenfirst (Alsace) d’un éclat d’obus dans la région médiate et antérieure du bras gauche. »

Citations

  • Citation à l’ordre de l’Armée du 7 août 1915 ; J.O du 24 septembre 1915 :

« Officier de haute valeur morale, énergique et plein d’entrain ; le 18 juin 1915 a enlevé brillamment ses hommes à l’assaut d’une tranchée sous un feu des plus violents ».

« Blessé, n’a pas quitté sa section et n’a consenti à se faire panser que le soir, sur l’ordre qui lui en fut donné. A dû être évacué ».

  • Citation à l’ordre de la Division du 19 février 1916

« Le 21 décembre 1915 a brillamment enlevé sa compagnie et a atteint intégralement après un mouvement des plus difficiles les objectifs assignés. Le 22 décembre a fait preuve de sang-froid et d’une grande bravoure personnelle, en dégageant sa compagnie d’une situation délicate ».

  • Citation à l’ordre de l’Armée ; J.O du 10 octobre 1916

« Capitaine  à titre temporaire au 5e Bataillon de Chasseurs à Pied, officier remarquable de bravoure et d’entrain. Déjà deux fois blessé et deux fois cité à l’ordre. A été de nouveau très grièvement atteint dans la tranchée de première ligne le 24 août 1916 ».

Décorations

Croix de guerre avec palme et étoile de bronze.

Chevalier de la Légion d’Honneur le 23 août 1916.

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2 commentaires

  1. Cher Philippe : comme d’habitude tu mets dans la lumière ces parcours d’exception de nos héros quotidiens des tranchées et le rôle de ses officiers subalternes qui ont tout partagé avec leurs chasseurs dans les tranchées. j’en ai profité pour relire l’étude d’Eric sur les pertes en officiers du 5e BCP : un sujet des plus pertinents pour moi et si peu mis en lumière : le sacrifice des officiers d’active en 1914 et le remplacement par les des officiers issus du rang qui formeront l’ossature d’une armée de conscription en 1914 vers une armée totalement professionnelle en 1918 avec des cadres d’une valeur rare
    un grand merci à toi
    Ton Blog et les écrits d’Eric m’encouragent tous les jours sur mon projet concernant le 12e BCA
    Très cdt
    Régis

    • Philippe van Mastrigt

      Cher Régis,
      merci pour ce commentaire. L’étude faite avec Eric nous avait nous même surpris, car cette « rotation » si forte des cadres à chaque engagement apparaissait d’un coup, ainsi que le remplacement par des profils nouveaux. C’est un encadrement plus « méritocratique » qui mène finalement l’armée française à la victoire en 1918. Mais c’est aussi le sacrifice des officiers d’active dès les premiers mois de la guerre qu’il ne faut oublier.
      A bientôt, peut être sur le Linge ou ailleurs.
      Philippe

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