Comment se déroule le passage vers la nouvelle année 1915 pour le bataillon Barberot ? Relevé le 30 décembre sur les positions du Spitzemberg après y avoir passé Noël, le bataillon est envoyé au repos à Marzelay, près de St Dié. Le casernement n’est situé qu’à quelques kilomètres du front. Certaines cartes postales envoyées par des poilus indiquent d’ailleurs leur position, mais aussi celle de l’ennemi.marzelay et les positions ennemies

L’historique du 133e RI donne peu d’informations sur cette période. Il faut donc s’appuyer sur les témoignages pour avoir quelques détails sur cette fin d’année. Ainsi, le commandant Barberot écrit à ses parents le 6 janvier 1915 :

Qu’allons-nous devenir ? Mystère. Pour le moment, nous jouissons de notre repos, nous nous sommes lavés et brossés et nous avons fait un joyeux 1er de l’an aux huîtres, St Emilion, champagne et cigares de la Havane à 0,60 pièce. Vous voyez que nous ne sommes pas malheureux (champagne Mercier distribué par l’intendance qui continue de fonctionner de façon admirable).

Le temps n’est pas froid, mais il est devenu pluvieux, venteux, désagréable.

La santé reste excellente. Vœux de bonne année à tous et baisers à la ronde.

Le capitaine Cornet-Auquier écrit quant à lui :

Mais je pense tout à coup que le jour de l’an n’est pas loin, et qu’il y a des voeux à faire. Des voeux ! Vous les connaissez. Les vôtres et les miens doivent se ressembler étrangement, et ce sont les mêmes depuis qu’a éclaté la guerre; nous les avons exprimés dans nos secrètes prières. Dieu veuille les exaucer ! Je ne lui demande pour moi que le courage de me soumettre à sa volonté et, s’il permet que je sois tué à l’ennemi, je ne lui demande qu’une chose : une mort dans une victoire, à la tête de ma chère et belle compagnie.

Pour le commandant Barberot, il n’y aura pas de nouvelle année 1916. Il sera tué le 4 août 1915 au Linge. Quant au capitaine Cornet-Auquier, il survivra une année supplémentaire. En décembre 1915, il écrira :

31 décembre 1915. — Mes chéris, le dernier jour de l’année! Demain, ce sera 1916! Avec quelle rapidité vertigineuse ont passé ces douze mois qui viennent de s’écouler! Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que le temps- paraisse si court lorsqu’il est si bien rempli, lorsque les événements sont à ce point entassés dans ces petits compartiments qu’on appelle les jours et les heures qu’il semble parfois impossible que cela puisse tenir dans un espace aussi restreint. Quelle vie intense, complète nous vivons! Nous l’aurons expérimentée tout entière la gamme des émotions douces ou tragiques, joyeuses ou tristes. Quelle épreuve pour des nerfs d’homme! Et comme ceux qui résisteront seront trempés ! Pauvres nerfs humains, pauvres petites choses fragiles ! Car c’est surtout avec nos nerfs que nous vivons cette vie factice et anormale. Aussi quelle usure quand on y réfléchit ! Que donneront ces jeunes générations qui auront passé par tout cela? Comme elles seront épuisées et comme elles vieilliront vite !

Le capitaine meurt le 2 mars 1916 à l’hôpital de St Dié à la suite de blessures au ventre reçues sur le front des Vosges.

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6 commentaires

  1. Avatar

    Je vous remercie pour toutes les recherches que vous effectuez et qui sont très riches. J’irai voir en janvier si je trouve des vestiges du camp dit Barberot et vous en tiendrai informé. Merci pour vos voeux. Recevez les miens pour vous-mêmes et pour tous ceux qui vous sont chers, auxquels se joignent ceux des membres du Mémorial du Linge. Si l’année 2015 a été riche en événements et en émotions, 2016 ne le sera pas moins. Plusieurs aménagements du musée, du champ de bataille et de l’environement sont programmés ainsi qu’un nouveau son et lumière, tant réclamé, en juillet.
    Bonne et heureuse année
    Général Dominique Muller
    Président du mémorial du Linge

    • Philippe van Mastrigt

      Merci mon général ! Je serai bien entendu heureux de me faire l’écho de toutes ces nouvelles activités prévues, après cette année déjà si riche. Un excellent 2016 à vous, à vos proches et à tous les bénévoles du musée du Linge.

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    • Ph Crozet

    • 31 décembre 2015

    • 09:14

    • Répondre

    Tous mes bons vœux également à l’occasion de la nouvelle année . Mon grand père paternel, a été blessé par balle le 25 décembre 1915 !! au HWK ( il était alors au 23e de ligne ) . Evacué vers Bussang, il est transféré le 27 décembre 1915 vers hôpital A 64 à Lyon… Merci Philippe, pour tout se travail de mémoire.

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    • TROUCHAUD Jean

    • 31 décembre 2015

    • 08:43

    • Répondre

    Cher Monsieur,

    Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt vos envois et vous retourne cordialement vos voeux pour l’année nouvelle. Notre film sur le Linge avance doucement (la priorité étant ma thèse que je dois soutenir en Sorbonne le 24 Mars) et nous avons eu la chance de rentrer en contact avec un descendant de Paul Guion (paulguion.com) architecte et peintre mobilisé au Linge comme observateur et qui a laissé des croquis et tableaux remarquables sur ce site de guerre. Nous étions présents pour les cérémonies de l’été et attendons la neige pour retourner sur place et y prendre des vues d’hiver qui nous manquent.

    Bien à vous
    JT

    • Philippe van Mastrigt

      Un grand merci pour vos voeux. A mon tour de vous souhaiter mes meilleurs voeux pour l’année qui vient. Je serai très heureux de publier les progrès sur le projet de film dont vous m’aviez fait part en mai dernier.
      Bien à vous.

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